Alors que les débordements du 17 octobre ont marqué les esprits, des centaines de lycéens et d'étudiants ont manifesté ce mardi à Lyon, Lille ou encore Rennes. Ils entendent poursuivre leur mobilisation et appellent à une nouvelle journée de contestation samedi prochain.
Sous une pluie battante, plusieurs centaines de lycéens et d'étudiants, accompagnés de quelques enseignants, défilent derrière une banderole "Étudiant-e-s en lutte". Ce mardi matin, le cortège s'élance de la gare de Vénissieux pour rejoindre le marché alimentaire des États-Unis, dans le 8e arrondissement de Lyon. Une manifestation pacifique, organisée notamment à l'appel du syndicat étudiant UNEF, du Nouveau Parti anticapitaliste – Révolutionnaires (NPA-R) et d'étudiants de plusieurs facultés lyonnaises.
Samedi, la manifestation organisée dans le centre-ville de Lyon avait été marquée par des affrontements entre les forces de l'ordre et des individus masqués et vêtus de noir, ainsi que par de nombreux pillages. Les jeunes mobilisés déplorent que ces violences aient occulté les revendications qu'ils portent depuis plusieurs semaines.
"Un meilleur accès à l'éducation, moins d'inégalités sociales"
Emma et Médeline, 16 ans, sont lycéennes à Bron, dans la métropole de Lyon. Dans leur établissement, elles dénoncent le manque de moyens et des conditions d'enseignement difficiles. "On a des ordinateurs qui ne fonctionnent pas. On a des fuites aussi quand il pleut", témoigne l'une d'elles. À cela s'ajoutent des classes surchargées, qui compliquent l'apprentissage. "À 35, c'est pas normal. Je suis en cours, je n'arrive pas à suivre", déplore-t-elle.
Les deux adolescentes tiennent également à distinguer leur mobilisation des débordements et des pillages de samedi. "On revendique des choses et il faut les entendre à un moment. Les gens qui brûlent des poubelles, qui viennent piller, ce n'est pas nous. Nous, on est un mouvement, et eux, c'est des casseurs", insistent-elles.
Charlotte, 22 ans, étudiante à l'École normale supérieure de Lyon, se dit "privilégiée", mais tout autant "concernée" par les difficultés rencontrées par les lycéens. "C'est important que le mouvement ne s'essouffle pas. J'espère que les revendications vont être entendues. C'est-à-dire un meilleur accès à l'éducation, moins d'inégalités sociales. Pour moi, ce sont les fondements de la société, l'éducation", explique-t-elle.
"Depuis le début de l'année, elle n'a pas de professeur de français"
Pour Kahina, 18 ans, étudiante en première année de psychologie à l'université Lyon 2, ces difficultés touchent directement sa famille. L'une de ses sœurs, scolarisée au lycée, doit passer le bac de français cette année. Mais "depuis le début de l'année, elle n'a pas de professeur de français", déplore-t-elle. Elle-même raconte avoir passé son baccalauréat "sous 40 degrés", dans des conditions qu'elle qualifie d'"infâmes".
L'étudiante dénonce également les difficultés d'accès à l'enseignement supérieur, notamment la sélection via Parcoursup et à l'entrée en master. "J'ai des camarades qui avaient 18 de moyenne, qui se sont tués à la tâche et qui n'arrivent pas à avoir de proposition, qui n'arrivent pas à avoir de fac, c'est absurde."
"On veut que le gouvernement nous donne des réponses"
Dans le cortège, les manifestants dénoncent surtout le silence des pouvoirs publics, malgré plusieurs semaines de mobilisation. "On a beau se mobiliser, personne ne nous écoute", regrette Kahina. "Aujourd'hui, on se bat pour nos droits, on se bat pour plus tard, on se bat pour nos enfants plus tard, on se bat pour nos grands-parents avec la retraite, on se bat pour nos parents avec les conditions de travail. On se bat pour notre avenir", poursuit-elle.
Nathanaël, 20 ans, membre du syndicat étudiant UNEF, dénonce lui aussi l'absence de réponses concrètes du gouvernement après trois semaines de mobilisation, y compris lors de l'allocution d'Emmanuel Macron dimanche soir. "Le président de la République fait des allocutions pour dire en substance rien pendant huit minutes. Et nous, ça ne nous convient pas. On veut que le président nous donne des réponses, on veut que le gouvernement nous donne des réponses et aujourd'hui on n'en a pas", dénonce-t-il.
Un appel à poursuivre la mobilisation et à faire converger les luttes
Les étudiants appellent désormais à une nouvelle mobilisation samedi 24 octobre, avec l'ambition de rassembler bien au-delà des lycées et des universités. Nathanaël rappelle que le rassemblement du 17 octobre avait réuni des salariés, des agriculteurs, des chômeurs et des retraités. Il appelle à "une mobilisation massive" et à "la grève générale". "C'est comme ça qu'on aura des victoires", insiste-t-il.
Pour Mathieu, 25 ans, étudiant à l'École normale supérieure de Lyon, cette colère dépasse largement le monde de l'éducation. "La colère qui existe aujourd'hui, elle existe depuis de nombreuses années, parce qu'il y a des coupes budgétaires dans tous les services qui sont utiles à la population, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les universités", dénonce-t-il.
Il espère voir la mobilisation gagner le monde du travail et marquer "le début d'un grand mouvement d'ensemble qui fasse converger les luttes des différents secteurs". Car, pour l'étudiant, cette mobilisation soulève avant tout une question essentielle : "Quel avenir on réserve aux jeunes dans cette société ?"