"On l'a laissé libre de la tuer" : la sœur d'une victime de féminicide attaque l'Etat en justice

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Lundi après-midi, le tribunal correctionnel de Paris examinera l'éventuelle responsabilité de l’Etat dans ce triple assassinat. 1:20
Lundi après-midi, le tribunal correctionnel de Paris examinera l'éventuelle responsabilité de l’Etat dans ce triple assassinat. © AFP
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Alors qu'Isabelle Thomas avait porté plainte contre son ex-compagnon, celui-ci a pu l'approcher, malgré son contrôle judiciaire. Il l'a tuée, ainsi que ses parents, chez qui elle s'était réfugiée. Sa sœur, Cathy, a porté plainte contre l'Etat pour "défaillances". Le tribunal de Paris examine lundi éventuelle responsabilité des autorités. 

"Ma sœur avait tout fait pour être protégée. Et elle est morte quand même." Isabelle Thomas a été assassinée par son ex-concubin en 2014. Quelques mois plus tôt, la jeune femme avait déposé plainte pour violences conjugales. Son ex-compagnon a alors interdiction de l'approcher jusqu'à son procès. Il la retrouve pourtant un mois plus tard, et la tue, ainsi que ses parents chez qui elle s’était réfugiée. Lundi après-midi, le tribunal correctionnel de Paris examinera l'éventuelle responsabilité de l’Etat dans ce triple assassinat.

C’est sa sœur, Cathy Thomas, qui a porté plainte pour "défaillances" des autorités. Elle pointe du doigt les "dysfonctionnements" du système judiciaire et affirme que ce drame aurait pu être évité. "Le dysfonctionnement le plus criant, c’est qu’il est sous contrôle judiciaire, il viole son contrôle judiciaire, il l’approche plusieurs fois, il la suit. Ma sœur, à chaque fois, va le dire, et il ne se passe rien. Il n’est pas interpellé, la police le laisse libre de ses mouvements. Libre de continuer à harceler ma sœur. Puis de la tuer sœur, et de tuer mes parents", retrace-t-elle au micro d’Europe 1.

"C'est un devoir et un besoin"

Avec ce procès, Cathy Thomas entend honorer la mémoire de sa famille et faire de ce dossier le symbole de la responsabilité de l'Etat dans la lutte contre les violences conjugales. "C’est un devoir, et un besoin pour moi de combattre l’indifférence de nos dirigeants, de la justice, de la police", affirme-t-elle.

La sœur d’Isabelle Thomas n’est pas la seule à entamer de telles démarches. Les parents de Céline Michau, 39 ans, tuée par son mari en avril 2018, ont eux aussi décider de porter plainte contre l’Etat, qu’ils tiennent pour responsable. Sur le plan judiciaire, la bataille risque toutefois d’être longue : les condamnations de l’Etat dans ces situations sont encore très rares.  

Europe 1
Par Marion Dubreuil, édité par Laetitia Drevet