Nathalie, 51 ans, sa fille est tombée enceinte à 17 ans : malgré l'éducation sexuelle, "les accidents peuvent arriver"

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Grégoire Duhourcau
Nathalie n'a jamais eu de tabou avec ses enfants s'agissant d'éducation sexuelle. Malgré tout, sa fille aînée est tombée enceinte à 17 ans. "On l'a amenée à réfléchir sur tout ce que ça pouvait avoir comme conséquences", explique-t-elle à Olivier Delacroix sur Europe 1.

Nathalie, 51 ans, est la mère de deux filles, aujourd'hui âgées de 27 et 24 ans. Si elle n'a jamais eu peur d'évoquer la question de la sexualité avec elles, cela n'a pas empêché ces dernières de tomber enceinte "par accident" alors qu'elles étaient encore adolescentes."Elles ont été très accompagnées", assure-t-elle au micro d'Olivier Delacroix sur Europe 1.

"C'est venu assez vite parce que quand on a des enfants et que le deuxième est en route, le premier pose souvent des questions sur ce bébé qui est en train de grandir dans le ventre de la maman. Du coup, c'est à cette occasion qu'on parle un petit peu de sexualité. Evidemment, de façon très soft. C'est juste qu'on explique la présence de ce bébé.

"Tout ce qui était posé comme question, on y répondait de la façon la plus délicate possible"

Mais chez moi, pour les questions de sexualité, ça a toujours été très libre. Je suis née dans les années 70, j'avais des parents qui étaient assez libres. On m'a donné une instruction qui était assez libre. J'ai retransmis cette instruction à mes enfants donc toutes les questions qu'ils pouvaient se poser, j'y ai répondu. Par la suite, comme j'ai rencontré un homme avec qui j'ai partagé ma vie et qui lui, avait deux garçons qui étaient un petit peu plus grands que mes filles, très vite il y a eu des questions qui étaient posées par les quatre enfants. On a répondu à toutes ces questions de façon assez libre.

Sur la partie technique, on est aidé par les programmes scolaires parce que les professeurs de SVT abordent ce programme à la période de l'adolescence. Ça épaule les parents sur tout ce qui est la description anatomique des enfants. Sur les autres questions, sur tout ce qui concernait la sexualité, tout ce qui était posé comme question, on y répondait de la façon la plus délicate possible. L'éducation sexuelle, c'est mécanique, c'est assez simple. J'ai toujours plus axé les choses sur le respect de son corps. Pour les filles, se faire respecter et savoir jusqu'où elles voulaient d'aller, et pour les garçons, plutôt le respect des filles, de ne pas jouer avec leurs sentiments. Plutôt l'aspect sentimental que sexuel, qui est aussi important, mais pour moi, les deux doivent aller ensemble.

 

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"Plus qu'attraper la vie, on peut attraper la mort par un acte sexuel"

[A l'âge de 17 ans, ma fille aînée est tombée enceinte.] Je pense que pour elle, ça a été très dur parce que je suis sûre que c'était lors du premier rapport sexuel. On en avait déjà parlé toutes les deux, on était tombées d'accord. Elle savait qu'elle avait à se protéger avant tout parce que, plus qu'attraper la vie, on peut attraper la mort par un acte sexuel. Elle savait qu'il fallait une protection mécanique et que, quand elle aurait besoin, on ferait le nécessaire pour qu'elle puisse avoir un contraceptif. Entre la réalité et la fiction, parfois il y a un gap et je pense que quand on se retrouve à 17 ans dans une chambre avec un garçon, on ne maîtrise pas tout ce qui peut se passer.

Il y a eu cet acte sexuel et derrière, elle n'a pas osé nous en parler, je pense, peut-être par peur de nous décevoir parce que justement elle n'avait pas respecté cet accord. Quand elle a enfin réussi à le faire parce qu'elle avait vraiment beaucoup de retard dans ses règles, malheureusement c'était trop tard pour une pilule du lendemain donc on a été obligé de partir sur un acte vraiment plus lourd, ce qui pour elle, a été assez traumatisant.

Avant tout, ce qu'on lui a posé comme question, parce qu'elle avait 17 ans passés, on lui a dit : 'Si tu veux garder cet enfant, on respecte ton choix.' Par contre, on lui a expliqué les conséquences. C'est-à-dire que oui, ce serait une très jeune maman, qu'elle ferait un très jeune papa, peut-être que leur vie ne se ferait pas ensemble. On l'a amenée à réfléchir sur tout ce que ça pouvait avoir comme conséquences. Ce qu'on lui a dit, c'est qu'il fallait qu'elle soit à l'aise et que eux soient à l'aise, qu'ils en discutent tous les deux et que s'ils voulaient garder cet enfant, bien sûr on était là et qu'on les suivait. Par contre, surtout, qu'ils n'arrêtent pas leurs études parce que l'important c'est que quand on a un enfant à élever, il faut pouvoir assurer aussi derrière. Un enfant, ce n'est pas juste le faire, c'est aussi l'éduquer et l'élever.

"On les a soutenues mais il y a des jeunes filles qui se retrouvent dans un désarroi total"

[Deux ans plus tard, ma seconde fille est tombée enceinte.] Même si on connaît les choses et qu'on sait les choses, je pense qu'il y a des circonstances qui font que tout d'un coup, les choses vous échappent. Quand on est jeune, quand on a 15, 16, 17 ans, on ne maîtrise pas tout et du coup, les accidents peuvent arriver. Ce que m'ont dit mes filles par rapport à ça, surtout l'aînée, c'est qu'en fait, ce qu'elle avait pu faire après, c'était de se servir de son expérience pour en parler à ses camarades et justement leur dire : 'Attention. Ça peut vous arriver d'avoir des accidents mais la pire chose, c'est de se retrouver enfermée dans la gestion de ce qu'il se passe derrière.' Elles, elles ont eu de la chance parce qu'elles ont été très accompagnées, on a été là, on les a soutenues mais il y a des jeunes filles qui se retrouvent dans un désarroi total et qui sont vraiment obligées de gérer ça toutes seules."

Caroline Rebhi, co-présidente du planning familial : "On ne nous apprend jamais comment il faut parler de ces choses-là avec nos enfants"

"Bien sûr, [il faut évoquer le sujet de la sexualité avec ses enfants] si on est à l'aise. Après, les enfants sentent quand on est pas à l'aise et si on ne veut pas répondre à la question, ce sera forcément un sujet tabou. Les parents peuvent aussi, s'ils ne se sentent pas à l'aise, être aidés de livres qu'ils laissent à disposition dans la maison, par exemple, et aussi donner des adresses en disant : 'Quand tu vas avoir tes règles pour la première fois, tu peux aller à telle ou telle adresse.' Si on ne se sent pas capable, il faut être cette personne qui fait le relais.

Il arrive dans certains établissements que l'on fasse une réunion d'information avec les parents. Les parents ont vraiment des questions sur la façon de s'y prendre. Comment il faut faire pour parler de ça ? Est-ce qu'il faut laisser des préservatifs dans la salle de bain ? Est-ce qu'il faut l'emmener chez le gynécologue dès 15 ans ? Dès qu'elle a ses règles ? Est-ce qu'il faut faire consulter les garçons ? On ne nous apprend jamais vraiment comment il faut parler de ces choses-là avec nos enfants."