La grève à la SNCF impacte fortement le secteur touristique. Image d'illustration. 1:27
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Antoine Terrel (avec AFP)
Les professionnels du secteur s'inquiètent des conséquences de la grève, alors que se profilent les vacances scolaires et les ponts de mai. 

Les deux premiers jours de grève n’étaient qu’un tour de chauffe. Alors que le deuxième épisode du mouvement des syndicats de la SNCF devrait s’étendre de samedi 20 heures à mardi matin, et que le calendrier d’action prévoit deux jours de grèves sur cinq jusqu’en juin, le tourisme en France pourrait être fortement impacté. Entre vacances scolaires au mois d’avril et ponts du mois de mai, la période est en effet propices aux déplacements touristiques. Europe 1 fait le point sur les conséquences de ces perturbations.

La zone C particulièrement impactée. Le timing tombe mal, à la fois pour les vacanciers et les professionnels du tourisme. Alors que les vacances commencent vendredi soir pour les académies de Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Limoges, Lyon, et Poitiers, la grève à la SCNF doit reprendre samedi soir. D’importantes perturbations sont donc à prévoir dimanche, mais également dans la journée de samedi où un important afflux de voyageurs est à prévoir.

Comme le note Business Insider, les vacanciers de la zone C, des académies de Créteil, Montpellier, Paris, Toulouse, et Versailles seront les plus impactés. Les vacances s’y étendent du samedi 14 au dimanche 29 avril, or les jours de départs, les 13 et 14, sont des jours de grève, tout comme les samedi et dimanche de retour, les 28 et 29 avril.

2017, une bonne année pour le tourisme. Si les perturbations à prévoir inquiètent les Français, dont 33% d’interrogés se disent pénalisés par la grève que ce soit pour aller au travail ou pour préparer leur départ en vacances, dans un sondage de Franceinfo, il en va de même pour les professionnels du secteur du tourisme. Les trois mois de grève couplés à la particularité stratégique des périodes de vacances pourraient en effet mettre un coup d’arrêt à un bilan pourtant particulièrement satisfaisant pour le tourisme français. Le 3 avril, l’Insee a annoncé une hausse de 5,6% de la fréquentation hôtelière en France en un an avec 429 millions de nuitées. Mais ça, c'était avant le début de la grève...

« Rien qu’au mois d’avril, nous avons déjà observé un recul de 10% du taux d’occupation de nos établissements », s’alarme dans La Croix Rolland Héguy, président de l’Union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie (UMIH), avant d’évaluer les pertes du secteur hôtelier à 150 millions d’euros rien que pour le mois d’avril.

Toujours dans le quotidien catholique, Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme, évoque quant à lui 500 millions d’euros de manque à gagner » dans la restauration, les transports, et l'hôtellerie, sur les trois mois. Mais souligne-t-il, rien à avoir avec le désastre de l’année 2016, « où les grèves, les attentats, et les inondations relayées sur les chaînes internationales avaient coûté près de 4 milliards d’euros » au secteur.

Jusqu'à 30% de réservations annulées. Et sur les zones de vacances, les effets de la grève se font déjà douloureusement sentir. Dans un reportage de France 2, les responsables d’un hôtel marseillais indiquaient mardi que 30% des réservations avaient été annulées. Selon le gérant d’un hôtel de La Rochelle, les annulations sont particulièrement fortes chez les étrangers. « Ils ne comprennent pas notre façon de fonctionner en France. Ils vont éviter de venir s’ils savent qu’il y a le moindre risque" pour atteindre leur destination, explique-t-il.

Cette baisse considérable est déjà également constatée aux Sables-d'Olonnes, où les réservations ont chuté de 10 à 20%. « Pour nous, le TGV c’est capital (…) toutes les chambres qui avaient été réservées pour ce soir et ce week-end ont été annulées », expliquent à Europe 1 les gérants d’un établissement de la ville. « Si on va au bout de ce préavis de grève, on sera à un recul du taux d’occupation de 10% pour le mois d’avril », sur l'ensemble du secteur, prévoit de son côté Rolland Héquy de l'UMIH, sur France 2. 

Les "cars Macron" et Blablacar grands gagnants. Deux acteurs du transport semblent tirer profit des perturbations. Tout d’abord, les fameux « cars Macron ». « Nous avons eu 60% de réservations en plus mardi et nous avions 300 cars qui ont sillonné les routes au lieu de 250 en temps normal » a expliqué jeudi Raphaël Daniel, directeur de la communication de FlixBus France, comparant les chiffres à ceux de Noël ou du mois de juillet. De son côté, Isilines indique avoir enregistré une « fréquentation quatre fois supérieure » à la normale. Autres grands gagnants, les plateformes de covoiturage comme Blablacar, qui va par ailleurs lancer un service de transport en autocar sur trois axes opérationnel les vendredis, dimanches et jours de grèves.

Hausse des prix. Pas sûr cependant que les Français soient gagnants au final. L’afflux de voyageurs a en effet entraîné une hausse des prix non négligeable. Chez Flixbus et Ouibus par exemple, il fallait débourser environ 30 euros pour un Paris-Lille à la dernière minute, contre 9 euros pour le billet le moins cher, acheté en avance. Mais les trois compagnies insistent : elles n'ont pas changé leurs grilles tarifaires. Le courrier de l’Ouest note de son côté qu’un trajet Angers-Paris coûtait jusqu’à 55 euros mercredi contre 12 à 15 euros habituellement chez Ouibus. Une hausse également présente chez Flixbus, avec un prix maximum à 39,90 euros.

Quel est le calendrier des grèves ?

Les syndicats de la SNCF ont annoncé deux jours de grève tous les cinq jours jusqu’en juin, pour un total de 36 jours. De nombreuses perturbations sont également à prévoir du côté du transport aérien. Les syndicats d’Air France, qui réclament notamment une hausse des salaires, ont annoncé quatre jours de grève supplémentaires en plus des quatre déjà prévus en avril.