Interdictions de manifester dans certains quartiers de Paris, Toulouse et Bordeaux : "On ira ailleurs, ça ne nous empêchera pas", assurent ces "gilets jaunes"

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Les interdictions de manifester dans certains quartiers de Paris, de Toulouse et de Bordeaux ne vont pas entamer l'engagement de ces "gilets jaunes" rencontrés par Europe 1. Ceux-ci ont l'intention de déplacer leur mouvement. Quant aux commerçants des Champs-Élysées, ils expriment leur soulagement.

En réaction aux violences qui ont émaillé l'"acte 18" des "gilets jaunes" samedi, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé lundi différentes mesures, dont une interdiction de manifester dans certains quartiers de Paris, de Bordeaux et de Toulouse en cas de présence d'"éléments ultras". Mais les "gilets jaunes" interrogés par Europe 1 sont loin d'être convaincus de l'efficacité de cette mesure et entendent bien poursuivre leur mouvement.

Une plainte déposée pour "atteinte à la liberté de manifester". Près de cent "gilets jaunes" ont même déposé une plainte collective au palais de Justice de Paris lundi. Ils dénoncent notamment des "actes attentatoires à la liberté de manifester ou de circuler". Parmi eux se trouve Sabrina, 26 ans, originaire de région parisienne. Celle qui se déclare "gilet jaune" depuis le tout début du mouvement n'a pas l'intention de céder face à l'interdiction de se rassembler sur les Champs-Élysées. 

Interdictions de manifester dans certains quartiers : "On ira ailleurs, ça ne nous empêchera pas", assurent ces "gilets jaunes"

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"On ira ailleurs, cela ne va pas m'arrêter". "Ce n'est pas la première fois qu'il y a une entrave à notre liberté de circuler", dénonce-t-elle au micro d'Europe 1. "Mais là, ça devient vraiment violent parce qu'on ne se gêne même plus pour porter atteinte aux libertés de chacun. On se demande comment ça va se passer, s'ils [les forces de l'ordre] vont arrêter tout le monde, s'ils vont bloquer la rue..."

"Cela va avoir un effet dissuasif sur certains, mais moi comme beaucoup d'entre nous, ça ne nous empêchera pas [de nous rassembler]. Ils ne peuvent pas bloquer toute la capitale donc on ira ailleurs. Cela ne va absolument pas m'arrêter."

Des restrictions qui risquent de cristalliser les heurts. À Toulouse, où les rassemblements pourraient être interdits sur la place du Capitole, Yannick, qui était dans le cortège samedi, craint que des heurts éclatent chaque fois que la manifestation passera près d'une rue bloquée.

"Pourquoi le Capitole en particulier ?", s'interroge-t-il. "C'est déjà un endroit très protégé, il y a des blindés. Et puis c'est un trou à rats, c'est très difficile de s'en extraire. On va donc se retrouver en face à face avec les forces de l'ordre très près du Capitole. Cela créé des zones de contact entre le cortège qui passe et les forces de l'ordre qui viennent au milieu."

"Macron et ses complices se trompent dans leur stratégie". Patrick, qui occupe un rond-point de Villefranche de Lauragais, à quelques kilomètres de Toulouse, estime que le gouvernement joue une fois de plus le pourrissement du mouvement. "Ils ne règlent pas le problème. Si on ne va pas au Capitole, on va se déporter ailleurs, on va aller sur d'autres boulevards et les choses vont se reproduire", prévoit-il au micro d'Europe 1.

"Je pense que Macron et ses complices se trompent dans leur stratégie. S'ils veulent nous faire rentrer, il faut qu'ils répondent à nos revendications. S'il y a une réponse politique, on va se calmer." Certains "gilets jaunes" craignent par ailleurs que la place du Capitole devienne un enjeu que les plus violents cherchent à tout prix à occuper et à saccager. 

"Nous espérons retrouver la sérénité". Quant aux commerçants des Champs-Élysées, victimes de dégradations et de pillages, ils expriment leur soulagement. "C'est la moindre des mesures qui nous semblait nécessaire", reconnaît Jacques Terzian, directeur général du Publicis Drugstore qui se trouve en face de l'Arc de Triomphe. "Cela fait 18 semaines que nous avons des samedis qui sont perturbés totalement ou partiellement. Donc nous espérons retrouver de la sérénité et que nos clientèles parisiennes et touristiques puissent déambuler normalement sur les Champs-Élysées."

Ce dernier rappelle qu'outre les dégâts commis sur les boutiques, celles-ci enregistrent une baisse du chiffre d'affaires à cause de la perte de leur clientèle du samedi. "Sur le début de l'année 2019, nous avons déjà une perte d'un million d'euros", chiffre Jacques Terzian. "Et c'est sans compter sur ce que nous avons perdu sur l'année 2018 qui cumulait les effets de la Coupe du monde et la fin de l'année puisque nous avons perdu plus de 30% du chiffre d'affaires sur le mois de décembre."

Europe 1
Par Jihane Bergaoui, Benjamin Peter et Jean-Gabriel Bourgeois, édité par Marthe Ronteix