"Gilets jaunes" : saccages, pillages, incendies volontaires... Ce qu'il faut retenir de l'"acte 18"

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Champs-Elysées, gilets jaunes, casseurs, forces de l'ordre, Thomas SAMSON / AFP
L'"acte 18" des "gilets jaunes" a été marqué par de graves scènes de violences. © Thomas SAMSON / AFP
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La violence a fait son retour dans les rues de la capitale, samedi, pour l'"acte 18" du mouvement des "gilets jaunes". Saccages, pillages, incendies volontaires et forces de l'ordre prises pour cibles… Retour sur une journée de tensions.

La manifestation a rapidement tourné aux scènes d'émeutes urbaines. Samedi, l'"acte 18" des "gilets jaunes", présenté comme un "ultimatum" lancé au président Macron, a rivalisé avec les épisodes les plus violents de la mobilisation, début décembre. À Paris, les casseurs s'en sont pris aux commerces, banques et restaurants des Champs-Élysées, laissant derrière eux un paysage de désolation, entre bris de verre, pavés déchaussés et carcasses incendiées.

Une mobilisation assez faible, mais intense à Paris

Au total, 32.300 personnes se sont mobilisées dans toute la France, selon le ministère de l'Intérieur, contre 28.600 personnes la semaine précédente. Rien qu'à Paris, environ 10.000 "gilets jaunes" venus de tout le pays étaient présents. Un décompte de "gilets jaunes" sur Facebook fait de son côté état de 230.766 participants samedi en France. 

Selon Beauvau, "plus de 1.500 ultra-violents", "là pour casser, pour en découdre, pour attaquer" ont été recensés dans la capitale. Vêtus de noir, capuche sur la tête et masque sur le visage, ces derniers se sont concentrés au niveau des Champs-Élysées. La situation a rapidement dégénéré, dès la fin de la matinée, donnant lieu à des scènes que l'on voit "habituellement" en toute fin de manifestation. 

Des saccages et des pillages sur les Champs-Élysées

Pendant plusieurs heures, les casseurs s'en sont pris systématiquement aux magasins bordant l'avenue parisienne. Les marques d'habillement Lacoste et Hugo Boss, les bijouteries de luxe Bulgari et Swarovski, l'enseigne de maroquinerie Longchamp, le magasin de chaussures Foot Locker, la boutique Disney, celle du PSG, un magasin de téléphonie, un chocolatier belge, un magasin d'optique… Rien n'a été épargné. Les casseurs sont souvent parvenus à entrer dans ces boutiques, les pillant pour certaines, les saccageant pour la plupart. 

La célèbre brasserie Le Fouquet's, fréquentée par de nombreuses personnalités et "symbole du capitalisme" pour les manifestants, a été entièrement vandalisée à la mi-journée. Deux heures plus tard, le restaurant était à nouveau ciblé, et la toile de son auvent incendiée. Plusieurs kiosques à journaux ont également été totalement brûlés.

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Vers 18 heures, certains "manifestants" ont rapidement remonté les grands boulevards vers la place de la République, incendiant poubelles et véhicules sur leur passage, notamment des scooters.

Un immeuble incendié, onze blessés

En début d'après-midi, une banque située boulevard Roosevelt, près des Champs-Élysées, a à son tour été la cible d'engins incendiaires. Mais le feu s'est propagé aux étages de l'immeuble. Une femme et son bébé étaient coincés au deuxième étage", ont indiqué les pompiers, qui sont parvenus à les évacuer.

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Il ne reste plus rien ou presque de la banque, située au rez-de-chaussée de l'immeuble incendié. Crédit photo : Jean-Sébastien Soldaïni/Europe 1

L'incendie a fait onze blessés légers, parmi lesquels deux policiers. Selon Eddy Sid, porte-parole du syndicat Unité SGP Police-FO, invité de Philippe Vandel sur Europe 1 samedi en fin d'après-midi, ces deux policiers de la BAC "vont bien. Ils ont été intoxiqués par les émanations de fumée." "Les individus qui ont commis cet acte ne sont ni des manifestants, ni des casseurs : ce sont des assassins", a réagi Christophe Castaner sur Twitter.

De violents affrontements avec les forces de l'ordre

Pavés, pierres, matériel urbain… Les forces de l'ordre qui protégeaient les Champs-Élysées ont essuyé pendant plusieurs heures une pluie de projectiles. Ils ont réagi en noyant l'avenue dans des nuages de gaz lacrymogène, et ont tenté de faire reculer les casseurs au moyen de canons à eau et de tirs de balles de défense (LBD).

Certains n'ont pas hésité à s'en prendre directement à un CRS, le mettant à terre et lui assénant de nombreux coups. L'homme, qui a perdu son casque dans ce lynchage, a pu être dégagé par ses collègues quelques secondes plus tard.

Toujours sur l'artère parisienne, un fourgon de gendarmes mobiles a été pris d'assaut par des manifestants, dont l'un d'eux a tenté de sortir le conducteur par la force. Le fourgon, promis au caillassage, a pu se dégager in extremis grâce à l'intervention de collègues. 

En fin d'après-midi, alors que les casseurs avaient commencé à se disperser, une voiture de police a également été incendiée devant le commissariat des Halles, dans le 1er arrondissement de Paris.

Dans la soirée, le bilan des interpellations est monté à 237 personnes. D'après la préfecture de police, sur les 60 blessés dénombrés samedi soir figurent 17 membres des forces de l'ordre, ainsi qu'un pompier. Quelque 200 personnes ont été placées en garde à vue : 185 majeurs et 15 mineurs, annonce le parquet de Paris dimanche matin.

Castaner et Philippe parlent d'"assassins"

Après être venu une première fois sur les Champs-Élysées en milieu d'après-midi avec le Premier ministre, Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, s'est rendu près de l'Arc de Triomphe peu avant 20 heures. Comme il l'avait fait plus tôt avec Édouard Philippe, il a salué les forces de l'ordre et les pompiers et les a remerciés. Un groupe de plusieurs manifestants s'est alors approché en le huant. "Ce n'est pas parce que quelques dizaines d'assassins viennent nous menacer que nous partirons", a-t-il rétorqué. Un terme également employé par Édouard Philippe, qui a promis une "totale fermeté" face aux casseurs.

En début de soirée, l'Élysée a fait savoir qu'Emmanuel Macron, parti au ski à La Mongie dans les Hautes-Pyrénées, avait décidé d'écourter son séjour pour rentrer à Paris. Le chef de l'État, critiqué par l’opposition pour son absence en cette journée de fortes tensions, y a participé à une cellule interministérielle de crise.