INFO EUROPE 1 - Trafic de barbituriques : une dizaine de militants pro-euthanasie interpellés

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La gendarmerie a mené mardi matin une dizaine d’interpellations dans toute la France de militants pro euthanasie. (Photo d'illustration)
La gendarmerie a mené mardi matin une dizaine d’interpellations dans toute la France de militants pro euthanasie. (Photo d'illustration) © AFP
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La gendarmerie a mené mardi matin une dizaine d’interpellations dans toute la France de militants pro-euthanasie dans le cadre d’une information judiciaire pour trafic de pentobarbital. Il s’agit d’un puissant anesthésiant interdit en France depuis 1996 mais utilisé pour l’aide au suicide.

Les gendarmes ont mené mardi matin une série d’interpellations simultanées dans toute la France de militants pro-euthanasie dans le cadre d’une information judiciaire pour trafic de pentobarbital, un anesthésiant interdit en France depuis 1996 et utilisé pour l’aide au suicide. Les suspects ont entre 60 ans et 80 ans et ils ont exercé des professions intellectuelles et médicales : professeur, kinésithérapeute, psychologues. Ils militent aujourd’hui pour le droit de choisir sa mort au sein de l’association Ultime Liberté. La justice s’interroge sur leur rôle dans ce trafic de barbiturique démantelé en 2019.

Une information judiciaire ouverte l'année dernière

Les gendarmes de l’OCLAESP, office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, avaient mené une série de perquisitions chez 135 acheteurs de Nembutal en octobre 2019. Il s’agissait pour la majorité de personnes âgées ou bien souffrant de pathologies lourdes. Certains avaient décidé de se donner la mort en couple, d’autres voulaient mettre de côté la dose létale pour plus tard.

La plupart avait un lien avec les associations pro euthanasie et plus particulièrement Ultime liberté, une association qui milite en faveur du droit de choisir sa mort et qui compte près de 3.000 adhérents. Le parquet de Paris avait ouvert l’an dernier une information judiciaire pour importation en contrebande de marchandises dangereuses pour la santé publique, exercice illégale de la profession de pharmacien et publicité en faveur de produits ou méthodes permettant de se donner la mort.

Mardi, le juge d’instruction a ciblé une dizaine de militants particulièrement impliqués dans l’association. Selon les informations recueillies par Europe 1, ils sont soupçonnés d’avoir aidé d’autres adhérents à se procurer les doses létales de barbiturique en leur communiquant une adresse mail cryptée pour commander les flacons de Nembutal aux Etats-Unis, pour 650€ en moyenne. Or toute provocation au suicide est un délit passible de 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende.

Ultime liberté, une association au positionnement bien particulier

Autre question au cœur du dossier, les suspects ont-ils eux-mêmes commandé des flacons pour les revendre ensuite à leurs adhérents ? Entendue comme témoin fin 2019, la présidente de l’association avait assuré qu’Ultime liberté ne servait pas d’intermédiaire.

Ultime liberté a un positionnement particulier dans le paysage des associations favorables à l’euthanasie. Elle est plus radicale que l’ADMD, l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité qui préfère orienter les personnes en fin de vie vers la Suisse ou la Belgique. Ultime liberté milite pour la reconnaissance explicite de "la mort volontaire" dans la législation française. L’association a notamment lancé une pétition qui a recueilli plus de 11.000 signatures pour obtenir que "tout citoyen français majeur puisse légalement accéder à une dose létale".

Europe 1
Par Marion Dubreuil, édité par Laetitia Drevet