"Il y a une culpabilisation des gros", dénonce Gabrielle Deydier

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Gabrielle Deydier était l'invitée d'Europe 1 2:03
Gabrielle Deydier était l'invitée d'Europe 1 © Europe 1
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Invitée jeudi de "Culture Médias" sur Europe 1, Gabrielle Deydier, auteure du documentaire "On achève bien les gros" diffusé sur Arte.TV, est revenue sur la grossophobie au quotidien. Elle raconte son histoire et donne des exemples de violences qu'elle a pu subir au quotidien. 
TÉMOIGNAGE

"Tout ce qui tourne autour des gros, ce sont des impensés, parce que ces gros ne sont pas dans l’espace public. Moi la première, j'ai été surprise du nombre de personnes grosses en France". En 2017, Gabrielle Deydier, 1m53, 140 kilos, a raconté son histoire dans un livre : On ne naît pas grosse. Trois ans après, avec Valentine Oberti et Laurent Follea, elle écrit le documentaire On achève bien les gros, diffusé sur Arte.TV. On y découvre de nombreuses personnes qui dénoncent la grossophobie.

Invitée d'Europe 1 ce jeudi, Gabrielle Deydier témoigne de son vécu au micro de Pascale Clark, tout en rappelant qu'il y a de plus en plus de gros en France. S'il faut avoir un IMC supérieur à 25 pour être en surpoids et supérieur à 30 pour être obèse, "on n’a pas besoin d’être gros médicalement pour être gros socialement", explique l'auteure du documentaire, qui affirme que dix millions de personnes sont concernés par l’obésité en France et que 40% des Français sont en surpoids".

"Ma mère taillait du 36/38, j’ai toujours entendu mon père lui dire qu’elle était grosse"

Il n'y a pas de lien héréditaire à l'obésité, explique Gabrielle Deydier, qui raconte que ses parents avaient deux corps très maigres. "Ma mère a fait du 32/34 toute sa vie et est montée une fois au 38". Rien d'alarmant, mais à la maison, ce n'est pas ce qui est ressenti. "J’ai toujours entendu mon père lui dire qu’elle était grosse. Si ma mère est trop grosse en faisant du 36/38, alors moi, en faisant du 40, c’est une catastrophe".

À ses 16 ans, Gabrielle va acheter un jean avec son père, mais c'est le drame : la taille 40 ne passe pas, il faut un 42. "Quand je rentre à la maison, ma mère panique parce que j'ai l'impression que la taille 40 est un seuil psychologique. Passer au 42 à 16 ans, pour ma mère ce n'était pas possible", continue Gabrielle Deydier, qui rappelle que pour de nombreux catalogues de vêtements, la taille 42 est le début des "grandes tailles". Elle commence alors un premier régime... qui lui fera prendre trente kilos en quelques mois. 

"On sait que 95% des régimes sont des échecs et on continue à en prescrire"

"Il y a une culpabilisation des gros. On sait que 95% des régimes sont des échecs et on continue à en prescrire, alors qu’on ne sait pas guérir l'obésité", dénonce Gabrielle Deydier. Au travail, dans les transports ou dans l'espace public : peu de choses sont adaptées aux gros, rappelle l'auteure du livre On ne naît pas grosse. "Ça me met en rage, parce que quand je rentre dans une salle d'attente et que je ne peux pas m’asseoir chez le médecin, je me demande comment je vais être accueillie", peste-t-elle. 

"Faites-vous opérer et vous pourrez prendre votre tension"

Paradoxalement, "quand je vais chez l’esthéticienne, je n’ai pas ce problème-là. Aucune ne m'a dit un jour que je ne pouvais pas monter sur la table", affirme Gabrielle Deydier. Car les exemples de violences médicales quotidiennes sont nombreux. "Pour prendre la tension, ce n'est pas compliqué d’avoir un brassard avec une rallonge, mais certains médecins refusent et disent : 'Faites-vous opérer et vous pourrez prendre votre tension'", raconte Gabrielle Deydier. 

Certains refusent aussi de prescrire des moyens de contraception "soit parce qu’on estime que vous n’avez pas besoin de prendre la pilule parce que vous êtes grosse, soit parce qu’on estime que vous n’avez pas de vie sexuelle", conclut Gabrielle Deydier. 

Europe 1
Par Ariel Guez