La mort de Mehdi Kessaci et plus généralement l'essor des réseaux de stupéfiants ont des conséquences dans les quartiers marseillais. Si certains militants associatifs choisissent de garder le silence, de peur des représailles, certains habitants de quartiers sensibles pensent même à quitter la ville. Europe 1 est allée à leur rencontre.
Marseille arrivera-t-elle à se débarrasser un jour du narcotrafic ? La cité phocéenne est le théâtre depuis plusieurs années d'une lutte féroce entre trafiquants de drogue, avec à la clé, des dizaines de morts chaque année. Mais désormais, les narcotrafiquants n'hésitent plus à menacer les élus et à tuer des innocents, à l'instar de Mehdi Kessaci, un jeune homme de 20 ans tué le 13 novembre dernier. Ce dernier, inconnu des services de police, est le frère d'Amine Kessaci, un militant écologiste, figure locale de la lutte contre le narcotrafic. S'il est pour l'heure impossible de l'affirmer, tout porte à croire à "un crime d'intimidation" confie de lui-même le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
La situation se détériore tellement, dans son quartier du 15ème arrondissement, que cette mère de deux garçons souhaite déménager, dès qu'elle en aura les moyens : "Je vous dis la vérité, je suis seule avec deux garçons et je pense à partir de Marseille. Avant que le premier ne passe au collège, il faut que je parte d'ici", confie-t-elle à Europe 1.
"J'ai peur qu'ils tournent mal mes garçons. Avant que ça n'arrive, il faut que je parte d'ici. Parce que je ne peux pas rester ici avec deux garçons, les élever seules, avec tout ce qui se passe. Moi, je n'ai jamais vu ça", poursuit-elle.
Beaucoup vont maintenant garder le silence
Dans les milieux associatifs, la peur commence à l'emporter. L'avocate Karima Meziene, militante pour la défense des familles de victimes des narcos, gardera dorénavant le silence : "Puisqu'il y a un acte fort et que c'est un avertissement qui est lancé, j'en prends acte. Et moi, personnellement, je me retire de tout engagement pour le moment. Plus personne n'est à l'abri et un cap a été franchi. C'est une question de survie pour nous. Tous ceux qui militent, qui s'affichent à visage découvert, peuvent être des cibles potentielles. Je comprends qu'il y en ait qui vont garder le silence", souligne-t-elle.
Car l'État n'est pas en mesure de protéger ceux qui s'opposent aux trafiquants selon l'avocat de l'association conscience Mathieu Croizet : "Je pense qu'il y a un sentiment d'impunité puisque l'État est dans l'incapacité de pouvoir respecter ses propres obligations, notamment le droit à la sécurité de ses citoyens".
Et selon les militants, la radicalité croissante des narcos impose une réponse forte et rapide de l'État.