Harcelée au travail, Eva a fait un burnout et souffre de troubles de l’humeur

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Harcelée au travail, Eva a fait un burnout et souffre depuis de dépression et de troubles de l’humeur. Une dépression qu’elle craint ne pas parvenir à surmonter. Au micro de "La Libre antenne" sur Europe 1, Eva évoque le harcèlement au travail qui l’a conduite au burnout et à la dépression.
TÉMOIGNAGE

Après un burnout, Eva est tombée dans une dépression, qui a duré un an et demi. Ce sont des reproches incessants et des pressions au travail qui l’ont conduite au burnout. Cette affaire de harcèlement au travail sera portée devant la justice. Aujourd’hui, Eva est de nouveau en dépression après avoir essayé de reprendre le travail. Une dépression qui s’accompagne de troubles de l’humeur. Au micro de Sabine Marin, sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Eva dit redouter ne pas réussir à surmonter cette dépression.

"J'ai fait une dépression en 2018 à la suite d’un burnout. Elle a duré 18 mois. J'ai repris le travail. Puis, j'ai fait une pneumopathie et en même temps un syndrome bipolaire. C'était la première fois. J'étais consciente que j'étais très euphorique. Je me suis mise à faire des photos, à écrire. Je ne dormais pas beaucoup. Mon mari me trouvait étrange. Ma psychiatre me dit que je ne suis pas bipolaire, mais que j'ai des troubles de l'humeur. Pendant la phase maniaque que j’ai eue, je me suis mise en danger. C'est vrai qu'on se sent tout-puissant. 

Ayant fait un burnout et une dépression, j'ai pensé que c'était ma façon de retrouver goût à la vie. En fait, j'étais encore dans la maladie. J'ai un traitement composé d’un régulateur d'humeur, d’un antidépresseur et de quelque chose pour dormir. Ma psychiatre m'a dit qu'il fallait absolument que je prenne mes médicaments et qu'il fallait compter au moins une année pour soigner ça. Je fais confiance à ma thérapeute, donc je prends les médicaments. Mais j'ai trois enfants, je ne peux pas être dans le gaz toute la journée. 

" On vous maltraite, on vous diminue, on dit que vous faites mal votre travail "

J’ai vécu du harcèlement au travail et ça m'a complètement anéanti. C’est une affaire qui va passer devant le tribunal. Ça ravivera certainement des douleurs, mais je suis capable de m’en détacher. Ils voulaient supprimer tous les temps partiels parce qu'on dérangeait le bon fonctionnement de l'entreprise. On ne vous dit pas les choses et si vous ne comprenez pas, on vous fait subir du harcèlement, on vous maltraite, on vous diminue, on dit que vous faites mal votre travail, on cache le travail bien fait. 

Je suis partie en congé individuel de formation parce que je n'en pouvais plus. Après un an, je suis retournée sur mon lieu de travail. Mon ancienne chef épiait tout ce que je faisais. Comme je revenais d'un an d'absence, je devais recevoir normalement trois semaines de formation. Ils ont estimé que j'avais besoin de seulement deux jours de formation. La personne qui devait me former n’a pas voulu le faire. C’était une période où j'allais mal puisqu’on me faisait des entretiens impromptus. 

" J'étais mangée par le stress "

C'était tout le temps des reproches, alors que ça faisait 15 ans que j'étais dans cette entreprise. Pour me déstabiliser, on me donnait 30 à 40 mails à traiter en deux heures avec des compétences qui n'étaient pas les miennes. J'étais mangée par le stress. Quand la personne n’a pas voulu me faire la formation, j'étais en larmes. Je suis allée dans le bureau de la responsable de formation et trois personnes m'attendaient. Ils m'en ont mis plein la figure. En sortant, j’ai fait une crise d'angoisse. J’ai avalé une boîte d’anxiolytiques sur mon lieu de travail. 

J'ai sollicité le médecin du travail et les délégués syndicaux. Personne n'a voulu faire son travail. Le médecin du travail a dit que c'était moi qui avais un problème. Après ça, j'ai fait une grosse dépression qui a duré un an et demi. Je n'étais pas complètement guérie et j'ai voulu retourner au travail. Je suis tombée dans une nouvelle dépression. J'ai pris une avocate qui s'occupe de la situation. Et il y en a encore pour deux ans avant que ça ne passe devant le tribunal. Je l’ai fait de façon symbolique pour être reconnue victime. 

Je n'arrive pas à trouver le moteur qui pourrait m'aider à sortir de cette dépression. J'aimerais bien en sortir, mais je ne fais rien pour. J'attends, et le temps est long. Je me suis isolée. Je voudrais retrouver ma vie d'avant, celle où j'étais dynamique, où j'arrivais à aller travailler et à m'occuper de mes enfants. Mon angoisse, c'est de rester comme ça pendant des années. La notion de plaisir n'existe pas. L’envie n'existe pas. "

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin