Sciences-Po Grenoble : un professeur accusé d'islamophobie regrette le manque de soutien de ses collègues

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L'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble est au coeur d'une polémique. Photo d'illustration. 1:18
L'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble est au coeur d'une polémique. Photo d'illustration. © BORIS HORVAT / AFP
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Klaus Kinzler est l'un des deux professeurs accusés d'islamophobie à Science-Po Grenoble. Sur Europe 1, il dénonce le manque de soutien d'une partie de ses collègues. Assurant n'avoir "pas peur", il dit vouloir continuer à "défendre la liberté dans le milieu académique".
INTERVIEW

La tension monte au sein de l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble. Alors que ces dernières semaines ont été marquées par le débat sur "l’islamo-gauchisme" dans les universités, l'établissement est en proie à une vive polémique après les accusations d'islamophobie visant deux professeurs. Une enquête a notamment été ouverte par le parquet pour "injure publique" et "dégradation" après que les noms de ces deux professeurs ont été affichés publiquement à l'entrée de l'institution. Sur Europe 1, Klaus Kinzler, l'un des deux professeurs visés, a accepté de revenir sur les événements, niant tout propos islamophobe et regrettant au passage le manque de soutien de ses collègues. 

"Une campagne de dénigrement et de diffamation sur Facebook" 

Pour ce professeur d'allemand qui enseigne à l'IEP depuis 25 ans, tout a débuté au mois de novembre. La polémique le concernant serait née après un groupe de travail informel, constitué d'enseignants et d'étudiants, pour préparer la semaine de "l'Égalité et contre les discriminations". "Je m'étais inscrit pour préparer une journée thématique au titre : racisme, islamophobie, antisémitisme (...). Je comptais contester dans la discussion avec ma collègue et mes étudiants cet alignement de ces trois termes dans une seule thématique", a-t-il raconté sur BFMTV. 

Après une controverse entre enseignants, c'est ensuite qu'une partie "radicalisée" des étudiants "ont lancé une campagne de dénigrement et de diffamation sur Facebook, en faisant de moi un extrémiste de droite et un islamophobe".

"On a essayé de me punir"

Mais plus que l'attitude de ces étudiants, Klaus Kinzler fustige celle de ses collègues, dont "une bonne partie ne me soutiennent pas ou pas vraiment". Ces derniers, estime-t-il, "sont très loin à gauche et ont plutôt ont des sympathies pour ceux qui défendent le terme islamophobie". 

"On a essayé de me punir", poursuit-il. "Et ce ne sont pas les étudiants, mais mes collègues, pour le fait d'avoir exprimé un avis différent de la doxa d'extrême-gauche dans ce chapitre." Et d'assurer : "Je n'ai jamais dit quoi que ce soit d'islamophobe". 

"Je ne veux pas trop dramatiser"

Revenant sur les affiches mentionnant son nom, le professeur d'allemand assure que cela ne "l'émeut pas outre-mesure". "Les méthodes de l'UNEF et des plus extrémistes des étudiants n'ont pas changé depuis 50 ans", relativise-t-il. "Il n'y a rien de bien nouveau." Et Klaus Kinzler, refusant tout parallèle avec la situation de Samuel Paty, assassiné au mois d'octobre. "C'est un débat entre universitaires, je ne veux pas trop dramatiser", répond-il. "Ce que je regrette, c'est que je ne sois pas soutenu par la plupart de mes collègues, qui sont plus proches de ces étudiants extrêmes que de moi, qui suis un libéral centriste convaincu depuis 40 ans. C'est ça qui m'effraie, beaucoup plus que ce qu'ont fait les étudiants."

"Je n'ai pas peur du tout", poursuit Klaus Kinzler, interrogé sur un éventuel sentiment d'insécurité. "Je n'ai pas été menacé, ni physiquement, ni par des lettres", précise-t-il, racontant recevoir des centaines de mails "extrêmement positifs, solidaires". L'enseignant rechigne d'ailleurs à porter plainte contre les étudiants. "Pourquoi punir des étudiants qui sont jeunes, immatures, parfois bêtes ?", interroge-t-il. "Je n'ai rien contre eux. Moi, j'aime les jeunes et j'aime bien discuter avec eux."

"Rester debout et défendre la liberté"

"J'ai presque plus envie de porter plainte contre ceux de mes collègues qui, publiquement, m'ont sans aucun fondement accusé de harcèlement et d'atteinte morale violente, uniquement parce que j'ai exprimé un différend dans un dialogue interne par mail avec une collègue", conclut Klaus Kinzler, qui confie ses doutes quant à l'attitude à adopter les prochains jours. "J'ai un peu envie de me couper de ca, je ne suis pas loin de péter un câble. Mais, en même temps, j'ai envie d'aller jusqu'au bout, de rester debout et de défendre la liberté dans le milieu académique."

Europe 1
Par Damien Mestre, édité par Antoine Terrel