"Gilets jaunes" : ce qu’il faut retenir de "l'acte 14" de la mobilisation

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Ils étaient 41.500 à être descendus dans la rue ce samedi, dont 5.000 à Paris, selon un décompte du ministère de l’Intérieur.
Ils étaient 41.500 à être descendus dans la rue ce samedi, dont 5.000 à Paris, selon un décompte du ministère de l’Intérieur. © AFP
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Une mobilisation en baisse, de brèves échauffourées à Paris, Alain Finkielkraut insulté en pleine rue, des heurts à Bordeaux et Toulouse... Voici ce qu'il faut retenir de la quatorzième journée de mobilisation des "gilets jaunes". 
L'ESSENTIEL

Cela fait maintenant trois mois que chaque samedi est le théâtre d’un acte de la mobilisation des "gilets jaunes". Ce samedi, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans plusieurs villes de France, lors d’un "acte 14" relativement calme à Paris, mais marqué par de nouveaux heurts à Toulouse et Bordeaux.

Une mobilisation en baisse

Ils étaient 41.500 à être descendus dans la rue ce samedi, dont 5.000 à Paris, selon un décompte du ministère de l’Intérieur. Des chiffres en recul par rapport à la semaine précédente, où plus de 50.000 personnes avaient pris part à "l’acte 13". Comme chaque semaine depuis le début du mouvement, ces chiffres sont contestés par les "gilets jaunes".

Selon la préfecture de police, 26 personnes ont été interpellées à Paris et, parmi elles, 15 ont été placées en garde en vue selon le parquet de Paris. La mobilisation semblait moins secouée par des troubles que lors de l'acte 13, pendant lequel un manifestant avait eu la main arrachée lors de heurts devant l'Assemblée nationale.

À Paris, de brefs face-à-face avec les forces de l’ordre

À Paris, une foule compacte de plusieurs milliers de personnes est partie de la place de l’Étoile vers 12h pour rallier quelques heures plus tard l’esplanade des Invalides, qui a été évacuée en fin d’après-midi. Éric Drouet, figure du mouvement condamnée vendredi à un mois de prison avec sursis pour "organisation de manifestations sans déclaration préalable", avait pris part au cortège parisien.

Après de brefs face-à-face avec les forces de l’ordre, les "gilets jaunes" se sont dispersés, certains d’entre rejoignant les Champs-Élysées en début de soirée, aux cris, devenus traditionnels, de "Macron démission". Ce n’est que vers 20h30 que la plupart d’entre eux ont quitté la célèbre avenue, parfois promptement évacués par les forces de l’ordre. "C'est pas la fin, ce sera la fin quand Macron nous aura entendus. Qu'il nous aura rendu la démocratie", a déclaré Jérôme Rodrigues, devenu un symbole des violences policières depuis qu'il a perdu un œil fin janvier place de la Bastille.

"Sale sioniste de merde" : Alain Finkielkraut pris à partie en pleine rue

C'est une triste scène qui a été filmée en marge de la manifestation parisienne. Le philosophe et académicien Alain Finkielkraut a été injurié et sifflé, dans le quartier du Montparnasse, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et qui ont déclenché une vague d'indignation au sein de la classe politique. Beaucoup dénonçant des propos à caractère antisémite. 

"Barre toi, sale sioniste de merde", "grosse merde sioniste", "nous sommes le peuple", "la France elle est à nous", ont crié plusieurs manifestants qui défilaient boulevard du Montparnasse, et qui venaient d'apercevoir l'académicien, d'après une vidéo diffusée par Yahoo! Actualités. "J'ai ressenti une haine absolue, et malheureusement, ce n'est pas la première fois", a réagi Alain Finkielkraut auprès du Journal du dimanche.

"Fils d'émigrés polonais devenu académicien français, Alain Finkielkraut n'est pas seulement un homme de lettres éminent mais le symbole de ce que la République permet à chacun", a réagi Emmanuel Macron sur Twitter, ajoutant que "les injures antisémites dont il a fait l'objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolérerons pas".

En régions, des heurts à Bordeaux et Toulouse

D'autres villes ont connu des incidents plus marqués en fin de manifestation, notamment à Bordeaux, bastion du mouvement. Le cortège de 4.500 personnes (selon la police) a emprunté les rues des quartiers cossus où des tags proclamaient notamment "mort aux riches". Au bout de l'itinéraire, la police a répondu à coup de canons à eau et de gaz lacrymogène à des jets de projectiles. Dix-neuf personnes ont été arrêtées.

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À Bordeaux, les forces de l'ordre ont fait usage de canons à eau. ©AFP 

À Toulouse, 4.000 personnes - selon une source policière - clamaient leurs détermination derrière une banderole "Seule la mort nous arrêtera". Dix personnes ont été interpellées à la suite d'échauffourées.

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À Toulouse, des échauffourées ont opposé certains manifestants aux forces de l'ordre. ©AFP 

Trois "gilets jaunes" ont par ailleurs été légèrement blessés à Rouen par une voiture qui a tenté de fendre le cortège. Le conducteur, qui était avec sa femme et leur bébé, était bloqué par des manifestants, selon une source policière. La manifestation nantaise, à laquelle ont pris part 1.600 manifestants selon une source policière, a été émaillée d'incidents avec des jets de pavés, de bouteilles et de fusées. Quatorze personnes ont été arrêtées.

Tandis qu'à Lyon, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dans le centre, des "gilets jaunes" tentaient de bloquer le trafic sur l'autoroute A7, provoquant des difficultés de circulation en ce week-end de chassé-croisé. Sur Twitter, le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand a condamné le "saccage" de la permanence du député LREM de la Sarthe Damien Pichereau, en marge de la manifestation des "gilets jaunes" au Mans.

Plus d'un millier de personnes ont battu le pavé dans la capitale des Flandres. D'autres manifestations se sont tenues à Pontivy, Caen, Strasbourg ou Rennes.

En marche... pour le RIC

À Marseille, une dizaine de "gilets jaunes" ont entamé une marche pour le RIC (Référendum d'initiative citoyenne), qui doit les amener à Paris le 17 mars. Lancée le 17 novembre, cette contestation semble avoir moins les faveurs de l'opinion : pour la première fois, une majorité de Français (56%) souhaitent que la mobilisation s'arrête, selon un sondage Elabe diffusé mercredi. Des appels ont été lancés à Paris notamment pour poursuivre la mobilisation dimanche.