À quelques heures du vote solennel sur les textes relatifs aux soins palliatifs et à l'aide à mourir, un trentenaire atteint de bipolarité interpelle les 577 députés. Dans une lettre bouleversante, il met en garde contre les risques du suicide assisté pour les personnes souffrant de troubles psychiques.
Après les derniers débats lundi à l'Assemblée nationale sur les textes relatifs aux soins palliatifs et à l'aide à mourir, les parlementaires doivent se prononcer ce mardi sur ces deux projets sensibles. Un vote scruté de près, alors que la question du suicide assisté continue de diviser l'hémicycle et l'opinion publique.
"La maladie fait croire qu'il n'y a plus d'issues"
Pour tenter de convaincre les députés de ne pas adopter le suicide assisté, Florian, atteint de bipolarité, a adressé une lettre aux 577 élus. « Le courrier a été déposé dans leurs boîtes aux lettres du Palais Bourbon et publié par "Ombres et Lumière", média spécialiste du handicap et des troubles psychiques. »
Pendant 10 ans, Florian a souffert de dépressions sévères, nécessitant parfois plusieurs mois d'hospitalisation. Des périodes sombres durant lesquelles le désir d'en finir était omniprésent.
"Quand j'ai été hospitalisé, si on m'avait dit dans un cadre très sécurisé qu'il y a une solution pour moi de partir rapidement et sans souffrir, c'est évident que j'aurais dit oui, parce que la maladie altère la perception de l'avenir, elle fait croire qu'il n'y a plus d'issues, que l'espérance est inaccessible".
"Ne pas institutionnaliser le désespoir"
Après huit années d'errance médicale, un médecin pose enfin un diagnostic : bipolarité. Avec un traitement adapté, ses idées suicidaires disparaissent progressivement. Aujourd'hui, Florian observe avec inquiétude les législations en vigueur en Belgique, aux Pays-Bas et en Espagne, où le suicide assisté est autorisé, y compris pour les troubles mentaux.
Une perspective qui, selon lui, ne doit pas devenir une option en France : "Peut-être que dans dix ans, je referai une dépression et je n'ai pas envie de me poser la question un jour de savoir si oui ou non je veux mourir. Par suicide assisté alors que je traverserai une période de dépression, mais transitoire, délimitée dans le temps".
Pour le trentenaire, l'enjeu est clair : ne pas "institutionnaliser le désespoir". Il affirme qu'avec le bon diagnostic et les traitements appropriés, il est possible de se rétablir et de vivre avec la maladie.
Aujourd'hui marié et père d'une petite fille, Florian assure que son parcours en est la preuve. Il a également publié un livre, "Ma vie aux deux extrêmes", dans lequel il raconte son combat contre la maladie et son chemin vers la stabilité.