Extension de l'accès à la PMA : trois choses à savoir sur la pénurie de gamètes

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René Frydman plaide pour une plus grande communication autour des dons de gamètes afin de réduire la pénurie pour toutes 2:30
René Frydman plaide pour une plus grande communication autour des dons de gamètes afin de réduire la pénurie pour toutes © LOIC VENANCE / AFP
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Alors que les dons d'ovocytes et de sperme sont insuffisants pour répondre aux besoins actuels, l'extension de l'accès de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires pose la question de l'avenir de cette pénurie de dons de gamètes.

Au lendemain de l'avis du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) qui s'est déclaré favorable à l'extension de l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, Wendy Bouchard et ses invités ont débattu mercredi autour de la liberté des femmes dans l'accès pour tous à la PMA. Une question a émergé : la pénurie de gamètes. Alors que la procédure - ouverte aux couples hétérosexuels ensemble depuis au moins deux ans et qui ont un problème d'infertilité - ne réussit que dans 20% des cas, ces couples doivent déjà attendre plusieurs mois pour recevoir un don de gamètes (sperme ou ovocyte ou les deux). Pour répondre à la totalité des besoins actuels, il faudrait chaque année 1.400 dons d'ovocytes (il y en a eu 540 en 2015) et 300 dons de sperme (255 en 2015), selon l'agence de la biomédecine.

>> Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale, René Frydman, gynécologue-obstétricien, spécialiste de la reproduction et du développement de l'assistance médicale à la procréation et Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste et auteure de L'aventure de la naissance avec la PMA, (paru chez Gallimard Jeunesse en 2014), ont fait le tour de la question.

>> De 9h à 11h, c’est Le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

1 - Peu de couples hétérosexuels sont actuellement concernés par les dons de gamètes

"Le recours à des dons de gamètes ne concerne que 5% de la population", précise au micro d'Europe 1 René Frydman, le gynécologue qui a participé à la naissance d'Amandine, le premier "bébé-éprouvette". "La majorité sont des hommes et des femmes qui ont des difficultés, 'ça ne vient pas' comme on dit, et qui essayent de comprendre pourquoi". Dans cette perspective, il n'y aurait donc pas de concurrence entre les couples hétérosexuels et les femmes qui souhaitent avoir un enfant. 

2 - Le don est trop contraignant

Le spécialiste reconnaît néanmoins que des difficultés pourraient être rencontrées si l'avis du CCNE est suivi. Mais elles pourraient être levées si ces dons profitent d'une meilleure exposition. "Je pense qu'on aura une libéralisation de l'idée même du don de gamètes. Parmi les donneurs et les donneuses, il y a peut-être un soutien à apporter", suggère René Frydman. 

"Aujourd'hui, il n'y a qu'une campagne [de communication] par an sur le don de gamètes et elle passe pratiquement inaperçue. Non seulement parce que c'est un peu tabou, mais aussi parce que la moitié des centres de gamètes ne peuvent pas recevoir de dons parce qu'ils sont taxés à l'avance pour éviter qu'ils ne fassent de bénéfices [les dons sont anonymes et non rémunérés en France, Ndlr]. On doit mobiliser les gens sur l'idée du don car beaucoup de gens ne le connaissent pas", plaide le gynécologue.

3 - Attention aux PMA réalisées à l'étranger

Le recours à des dons de gamètes est autorisé pour toutes les femmes en Belgique, en Espagne ou encore au Danemark, et donc de nombreux couples ou femmes seules s'y rendent. Un constat qui pose un problème de santé publique selon René Frydman. "Le problème du don d'ovocyte, c'est qu'il faut pouvoir faire de l'information, de l'accompagnement", estime le spécialiste de la procréation.

Car selon lui, "ce n'est pas aujourd'hui qu'on découvre que des femmes peuvent enfanter seules et élever des enfants seules. On ne va pas faire une police morale pour juger de ce qui est bien ou pas bien. On n'est pas là pour réguler les desiderata de chacun et une femme est libre de porter un enfant."

"[Il faut] ouvrir [la PMA] pour qu'on n'assiste pas à ce tourisme commercial et au retour de femmes avec parfois des jumeaux, mais aussi parfois des triplés ou des quadruplés parce que les cliniques [étrangères] veulent montrer qu'elles ont un taux de réussite élevé. Nous, médecins, nous souhaitons plutôt accompagner ces couples avec des techniques que nous maîtrisons."

La délicate question des origines

Ne pas en faire un tabou. Le pédopsychiatre et psychanalyste Myriam Szejer, qui travaille avec des parents et enfants nés de PMA, estime qu'il ne faut pas cacher aux enfants l'histoire de leur conception. "Ces enfants ont surtout une question 'Pourquoi je n'ai pas de papa ?'", explique la spécialiste.

"La question des origines est humaine et c'est sur ce point là que le nœud de l'affaire se tient. Il faut informer l'enfant dès sa naissance pour qu'il ait toujours entendu ce récit. Il faut qu'il grandisse dans cette vérité qui est la sienne, sans tabou. Un peu plus tard, quand il sera en âge de comprendre mieux, les parents pourront lui expliquer les tenants et aboutissants de la chose."

Une situation qui tend à devenir moins exceptionnelle. Quant aux éventuelles interrogations des autres enfants voire aux moqueries, Myriam Szejer pense que "la société va évoluer et que cette situation évoluera également et qu'avec la montée de l'infertilité actuelle, il y aura beaucoup d'enfants sans père."

Europe 1
Par Marthe Ronteix