EXCLUSIF - "Intérieurement, je suis morte" : une victime de l'attentat de Strasbourg raconte sa difficile reconstruction

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Attentat de Strasbourg / AFP 2:35
© ABDESSLAM MIRDASS / AFP
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Jeune employée d'un magasin de Strasbourg, Ichrak a été témoin de l'attaque qui a frappé le Marché de Noël de la ville, il y a un an. Au micro d'Europe 1, elle confie avoir du mal à se remettre de ce traumatisme. 
TÉMOIGNAGE EXCLUSIF

Un an après le drame, elle témoigne pour la première fois. Jeune employée d'un supermarché du centre-ville de Strasbourg, Ichrak fait partie des victimes de l'attentat qui a frappé le Marché de Noël de la ville le 11 décembre 2018. Elle a porté assistance, en vain, à une personne mortellement blessée. Au micro d'Europe 1, cette mère d'une petite fille de 7 ans revient sur la soirée du drame, et raconte la difficulté de se reconstruire, alors que la ville commémore mercredi la tragédie. "Intérieurement, je suis morte", explique-t-elle. 

"J'ouvre la porte, je sors et je vois le premier corps. Je prends le pouls… Pas de pouls", se rappelle-t-elle. "Je vais sur la deuxième personne. Il était encore vivant, en train d'agoniser. Je voulais lui porter secours, mais il était en train de mourir", raconte encore la jeune femme, la voix tremblante, se remémorant "le sang qui coule sur le front et la balle dans la tête" de la victime. 

"Je sors la peur au ventre"

Aujourd'hui, Ichrak assure que sa vie a changé. "On est plus la même personne, on voit les choses autrement", confie cette Strasbourgeoise. "Je sors la peur au ventre, je ne dors plus la nuit, je change souvent de médicaments pour dormir."

"J'étais une personne très souriante, très gentille", assure-t-elle. "Mais on devient limite agressif envers les gens, sans le vouloir. J'aimerais bien avoir ma vie d'avant", confie encore Ichrak. "Dans mon cas, je suis vivante, mais intérieurement, je suis morte". 

"Heureusement que j'ai ma fille pour tenir à la vie" 

Celle qui ne fréquente désormais plus le Marché de Noël raconte aussi les conséquences de ce traumatisme sur sa vie familiale, et notamment sur sa relation avec sa petite fille de 7 ans. "Parfois, je ne me sens pas mère, car il y a plein de choses que je ne fais pas avec elle, comme aller au cinéma". Parfois, témoigne-t-elle encore, "je me rends compte que je suis en train de crier sans le vouloir".  

Pourtant, Ichrak l'assure : "Heureusement que j'ai ma fille pour tenir à la vie. À mon avis, si elle n'était pas là, moi, je ne serais pas là."

Europe 1
Par Arthur Helmbacher, édité par Antoine Terrel