EXCLUSIF - Devant les juges, Tariq Ramadan dénonce une instruction "sous emprise politique"

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Europe 1 a pu consulter le procès-verbal de l'interrogatoire au terme duquel Tariq Ramadan a été mis en examen pour deux nouvelles accusations de viols, jeudi. "Vous êtes partiaux et vous êtes à l'encontre de votre déontologie", lance-t-il aux magistrats instructeurs, niant l'ensemble de ces nouvelles charges. 

"Je ne suis pas en état de faire un interrogatoire." Tels ont été les premiers mots de Tariq Ramadan face aux juges d'instruction, jeudi. Pendant près de cinq heures, l'islamologue, déjà poursuivi pour deux viols depuis 2018, a été entendu par les magistrats à propos de deux nouvelles accusations de même nature. Europe 1 a pu consulter le procès-verbal de cette audition, au terme de laquelle il a été mis en examen pour ces faits. L'islamologue y conteste les récits des plaignantes et accuse les juges de partialité. 

"Mensonges concordants"

"Le médecin que j'ai vu hier (...) m'a dit nommément : 'pendant dix jours vous restez au calme'", assure d'abord Tariq Ramadan, acceptant finalement de répondre "dans les limites de (ses) capacités". "Je suis scandalisé par la façon dont cette instruction est menée", poursuit-il lors d'un propos liminaire, après la première question des juges. "Le code de déontologie vous impose l'impartialité", adresse-t-il aux magistrats.

Lorsque les juges en viennent aux témoignages des deux nouvelles plaignantes, révélés par Europe 1 en septembre et portant sur des faits commis à Paris en 2015 et 2016, l'islamologue nie les faits. Concernant la première, il évoque une relation "consentie". "Je pense qu'elle a changé sa version après qu'on l'a invitée à se porter partie civile", avance-t-il, voyant dans le récit de rapports violents et humiliants un "copié-collé des auditions des autres plaignantes" et évoquant des "mensonges concordants". 

"Tout ce que je fais est consenti"

"Tout cela n'est pas juste (...) Tout ce que je fais est consenti", appuie Tariq Ramadan, se contentant parfois de répondre "si vous le dites", aux questions des juges et dénonçant régulièrement leur "lecture partiale et sélective". "Ces femmes ne sont pas sous emprise, c'est vous qui êtes sous emprise. Une emprise politique. Cette instruction est une instruction sous emprise. Ces femmes ont des dépositions changeantes, similaires, concordantes dans leurs mensonges", lance-t-il, employant régulièrement le terme de "mascarade". 

 

Quant à la deuxième plaignante, "elle m'a envoyé très vite des photos explicites sans qu'il n'y ait aucune pression de ma part", assure Tariq Ramadan, qualifiant à nouveau les termes de sa plainte de "copié-collé" des autres accusations de viols pour lesquelles il est mis en examen. Lorsque les juges lui demandent s'il envisage de déposer une requête en suspicion pour dénoncer leur prétendue partialité, l'islamologue répond souhaiter en discuter "avec (son) conseil". 

Par Margaux Lannuzel et Salomé Legrand