Est-ce normal de préférer la masturbation à un rapport sexuel ?

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Lundi, dans "Sans rendez-vous", sur Europe 1, la psychanalyste et sexologue Catherine Blanc nous parle de la masturbation et de son impact sur la vie sexuelle.
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La masturbation s’appréhende dès le plus jeune âge, elle est une étape de la découverte de soi, de son corps et de son potentiel érotique. Mais chez certaines personnes, le plaisir que procure la masturbation a fini par dépasser celui du rapport sexuel. Lundi, dans Sans rendez-vous, l'émission Santé d'Europe 1, la psychanalyste et sexologue Catherine Blanc évoque de la différence entre le plaisir personnel et celui que procure un partenaire.

La question de Nathalie

"Depuis l’enfance, j’ai découvert le plaisir de la masturbation. J’adore ça. En revanche, lorsque je fais l’amour avec mon partenaire, je ne parviens pas à ressentir le même niveau de jouissance, à moins que je ne me caresse en même temps. Est-ce normal ?"

La réponse de Catherine Blanc 

"La masturbation est une histoire entre soi et soi. Avec un rythme que l’on se propose, avec des gestes que l’on connait être efficace. Faire l’amour avec l’autre est une toute autre histoire avec un suspens permanent, puisque la relation se réinvente à chaque rapport, c’est sortir des choses apprises et pratiquées. Il y a un problème lorsque l’on souffre de ne pas arriver à faire quelque chose avec l’autre, et qu’il devient encombrant puisque l’on parvient mieux seul à aller là où l’on veut arriver. Cela rend la relation triste parce qu’il y a le sentiment que rien n’émerge.

Les hommes peuvent également avoir du plaisir à la masturbation mais se sentir encombrer de devoir pénétrer le corps de l’autre, avec tout ce que cet acte a de mystérieux et d’anxiogène. Alors que seuls, ils peuvent tout maîtriser : le rythme, le fantasme…

À force de se masturber, peut-on prendre une "mauvaise" habitude ?

La masturbation démarre très jeune. C’est aux alentour de deux ans et demi, trois ans, que l’enfant découvre sa pulsion sexuelle. Il en use et abuse très volontiers, c’est un moment d’exhibition de l’enfant. Les pyjamas des petits garçons et des petites filles sont d’ailleurs souvent troués à cette endroit-là, car ils ne cessent de se caresser, souvent sans s’en rendre compte. Ça devient presque un automatisme.

La masturbation est un rituel que l’on garde pour soi au fil des années. Sortir de ce que l’on connait et oser l’aventure fait un peu peur. C’est la raison pour laquelle nous sommes enclins, les uns et les autres, à rester sur nos codes et nos acquis.

Cesser de se masturber pendant un temps peut-il aider à atteindre la jouissance pendant un rapport sexuel ?

Nous pouvons nous priver de sexualité toute notre vie sans que notre corps le réclame, sauf à travers notre envie de créer du lien avec l’autre. Mais laisser la masturbation envahir tout notre territoire est aussi une façon de ne pas écouter la pulsion sexuelle. C’est circoncire l’humeur sexuelle, et ne pas laisser l’autre, sa relation, questionner ou perturber ce sujet. Ne pas occuper tout l’espace avec la masturbation est donc aussi une façon d’essayer de créer autre chose dans le lien à l’autre.

Doit-on guider son partenaire pendant un rapport pour reproduire les sensations éprouvées pendant la masturbation ?

Nous avons à guider l’autre pendant un rapport, tacitement, à travers la façon que l’on a de se mouvoir physiquement, de se cambrer, d’accélérer le corps de l’autre, etc... Cela étant, on ne peut pas dire à l’autre : 'Fais-moi ce que je me fais.' Notre partenaire n’est pas dans le devoir d’appliquer une recette, sinon il n’y a pas d’érotisme, car l’érotisme réside aussi dans la surprise."