ENQUÊTE - Tanguy ou le phénomène de la "génération boomerang"

Dans "Tanguy, le retour", Sabine Azema, Eric Berger et André Dussolier sont à nouveau réunis.
Dans "Tanguy, le retour", Sabine Azema, Eric Berger et André Dussolier sont à nouveau réunis. © Copyright SND
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avec Eve Roger
A l'occasion de la sortie du nouveau film d'Etienne Chatiliez, "Tanguy, le retour", notre journaliste a enquêté sur le phénomène de la "génération boomerang", ces adultes de plus de 40 ans qui reviennent habiter chez leurs parents.
ENQUÊTE

Le phénomène "Tanguy" existe toujours. Près de vingt ans après la sortie du film du même nom d'Etienne Chatiliez, l'expression est toujours d'actualité pour bon nombre d'adultes contraints de retourner vivre chez leurs parents. La journaliste d'Europe 1 a enquêté sur le phénomène de cette "génération boomerang" à l'occasion de la sortie de "Tanguy, le retour", toujours d'Etienne Chatiliez avec Sabine Azéma, André Dussolier et Éric Berger, en salles mercredi 10 avril. 

La séparation, première raison du retour chez ses parents

Récent, ce phénomène du retour chez les parents a visiblement été peu étudié. On ne recense qu'une seule étude sur le sujet, parue en 2015 dans la revue spécialisée "Retraite et société". Cette étude montre que 7% des 30-50 ans et même 3% des plus de 50 ans ont vécu cette drôle d'expérience du come-back chez papa-maman. Tous âges confondus, un adulte sur dix est déjà revenu vivre chez ses parents après avoir occupé un logement indépendant, selon les chiffres de l'Insee.

Dans 90% des cas, il s'agit d'un choix contraint pour ces adultes, qui reviennent donc rarement vivre chez leurs parents de gaieté de coeur. Avec trois principales raisons :

  1. La séparation ou le divorce : une fois seul, il est parfois compliqué de payer un loyer tout seul. 
  2. Un licenciement ou un changement de lieu de travail
  3. Des difficultés financières

C'est ce dernière point qui a contraint Nicolas, 41 ans, à retourner vivre chez ses parents. Ça fait trois ans qu'il a retrouvé sa chambre d'adolescent après la faillite de son entreprise informatique. Il était pris à la gorge, et ce sont ses parents eux mêmes qui lui ont proposé de revenir. Une proposition qui l'a évidemment soulagé, même si tout n'a pas été si facile. "Vous ne pouvez pas inviter des amis à prendre l'apéritif ou à manger. Des tensions, oui, il y en a eu sur l'heure des repas par exemple, parce qu'il m'est arrivé de ne pas rentrer à l'heure du dîner. J'ai des parents assez rigides sur les horaires", explique-t-il au micro d'Europe 1. 

 

Honte et culpabilité des revenants

Le plus souvent, ce retour s'accompagne pour ces hommes et femmes d'un sentiment de honte, parce qu'ils le vivent comme un échec personnel ou professionnel. Même si, le plus souvent, ils n'y sont pour rien. La crise économique de 2008, la flambée des prix de l'immobilier et la multiplication des contrats précaires a rendu très difficile l'accès au marché de la location.

La culpabilité est aussi très présente, parce que les parents sont souvent des retraités qui ne roulent pas sur l'or et se retrouvent avec une bouche à nourrir en plus, si ce n'est pas deux ou trois de plus car parfois, comme dans le Tanguy du film, ces adultes reviennent aussi avec des enfants. Heureusement, selon certaines études, ce come-back durerait en moyenne un an, la limite visiblement avant que ce ne soit plus tenable pour personne...