Excuses, port d'arme et "proximité" avec Emmanuel Macron : revivez l'audition d'Alexandre Benalla au Sénat

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Alexandre Benalla était entendu par la commission d'enquête du Sénat, mercredi matin. © AFP
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L'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron était entendu mercredi matin par la commission d'enquête parlementaire chargée d'établir le rôle précis qu'il occupait au sein de la présidence de la République. 
L'ESSENTIEL

Quel était le rôle exact d'Alexandre Benalla auprès d'Emmanuel Macron ? Les sénateurs ont tenté d'y voir plus clair pendant plus de deux heures, mercredi. La commission d'enquête parlementaire présidée par Philippe Bas (LR) a longuement auditionné le principal intéressé, ancien collaborateur du président de la République et soupçonné de s'être livré à des violences en marge d'opérations de police à Paris, le 1er mai dernier.

Les informations à retenir : 

  • Alexandre Benalla a présenté ses excuses pour ses propos tenus à l'égard des sénateurs et notamment Philippe Bas, qu'il avait qualifié de "petit marquis"
  • "Je n'ai jamais été le garde du corps d'Emmanuel Macron", a-t-il ensuite affirmé 
  • Quant à l'autorisation de port d'arme dont il bénéficiait, l'ancien collaborateur de l'Elysée a évoqué sa "sécurité personnelle"

Des excuses préliminaires. "Je tenais à préciser les propos que j'ai pu avoir dans une interview", a commencé Alexandre Benalla devant les sénateurs, faisant référence à ses propos sur la commission d'enquête et notamment Philippe Bas, qu'il avait qualifié de "petit marquis". "Je sais qu'un certain nombre d'entre vous ont été vexés, ont été choqués", a-t-il expliqué, présentant ses "excuses" et disant son "respect" pour le Sénat.

"J'ai ressenti à un moment un acharnement médiatique, un acharnement politique et j'ai eu l'impression qu'un certain nombre de personnes ont pu se servir des institutions de notre pays à des fins politiques", s'est-il justifié. 

Des "tâches d'organisation" au sein d'En marche!. Interrogé par les sénateurs, Alexandre Benalla est revenu sur ses qualifications : un Master 1 en droit, mais aussi un engagement au sein de la réserve opérationnelle de la gendarmerie depuis ses 18 ans, pour laquelle il a servi environ "300 jours" aux côtés de Vincent Crase, également mis en examen dans le dossier des violences du 1er-Mai. "On a interpellé des gens ensemble dans le cadre de nos missions de réserve opérationnelle dans le département de l'Eure."

"J'ai été sollicité par un camarade qui m'a sollicité au vu des compétences que je pouvais avoir", a ensuite expliqué Alexandre Benalla, questionné sur la manière dont il avait rejoint le mouvement "En marche!" pendant la campagne d'Emmanuel Macron. "Tous les partis politiques, tous les syndicats ont des services d'ordre : ça n'est pas simplement la sécurité, ce sont des tâches d'organisation", a-t-il précisé. Pourquoi avoir fait une demande de port d'arme dès la campagne ? "Pour des motifs de défense et de sécurité personnels", a affirmé Alexandre Benalla, expliquant qu'il se sentait "exposé" du fait de sa proximité avec le candidat. 

Une "proximité physique" mais pas de "garde du corps". "À l'occasion de la campagne présidentielle, je n'étais pas le garde du corps d'Emmanuel Macron", a martelé l'ancien collaborateur du chef de l'État, reconnaissant une "proximité physique", "pour lui dire qu'on est en retard, qu'il faut passer à la séquence d'après, par exemple". 

Au sein de l'Elysée, Alexandre Benalla affirme ensuite avoir été "recruté sous le statut de chargé de mission", soit "le niveau le plus bas de ce que l'on peut trouver auprès du président de la République". "Je n'ai jamais été ni policier ni garde du corps du Président de la République", a-t-il expliqué aux sénateurs, soulignant avoir occupé des fonctions "transverses" auprès de la chefferie de cabinet : "une sorte de metteur en scène, une sorte de chef d'orchestre." 

Alexandre Benalla est également revenu sur le véhicule "de service" qu'il conduisait parfois, équipé d'un gyrophare "en cas de situation d'urgence". "C'est un usage, je ne bénéficiais d'aucun avantage", a-t-il martelé. Quant au badge d'accès à l'Assemblée nationale dont il disposait, l'ancien collaborateur de l'Elysée a évoqué un "caprice personnel pour aller à la salle de sport et à la bibliothèque". "Ça peut paraître surréaliste, mais quand vous êtes collaborateur à l'Elysée et que vous sollicitez un badge, on vous le délivre automatiquement." 

Un port d'arme pour sa "sécurité personnelle". "Je venais le matin à l'Elysée avec mon arme à la ceinture, je rentrais chez moi avec mon arme à la ceinture", a expliqué Alexandre Benalla. "Ce port d'arme n'était pas lié à la sécurité du président de la république mais à ma sécurité personnelle", a-t-il martelé. Interrogé par le rapporteur Jean-Pierre Sueur, l'ancien collaborateur a cependant admis qu'il avait "pu arriver" qu'il soit armé lors de déplacements publics du chef de l'État, "environ trois fois en un an". 

"S'il s'était passé quelque chose, si le président de la République avait été attaqué, mon rôle n'était pas de la sortir (son arme, ndlr)", a souligné Alexandre Benalla. "Il n'y a pas eu d'interférence entre moi et le GSPR (groupe de sécurité de la présidence de la République, ndlr)". 

Une rétrogradation vécue comme "une humiliation". Suspendu de ses fonctions en mai dernier, après les violences de la place de la Contrescarpe, Alexandre Benalla a confirmé qu'il avait ensuite été rétrogradé, "de manière verbale". "J'ai été convoqué par Patrick Strzoda (le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, ndlr) qui m'a expliqué que je n'allais plus participer aux déplacements officiels du président de la République. Je l'ai pris très mal, j'ai vécu ça comme une humiliation."

Pas de questions "qui relèveraient de la justice" 

La commission d'enquête cherche à établir si Alexandre Benalla a rempli une fonction de protection personnelle du président de la République, ce qui relèverait d'un "dysfonctionnement" des services de l'Etat, cette tâche sensible étant dévolue à des unités d'élite de la police et de la gendarmerie. Alexandre Benalla n'a en revanche pas été interrogé sur les faits pour lesquels il est mis en examen, au nom de la séparation des pouvoirs. "Il n'y aura pas de question sur des décisions qui relèveraient de la justice", avait rappelé Philippe Bas avant même le début de l'audition.