L'ESSENTIEL - "Gilets jaunes" : à Paris, un samedi tendu mais moins chaotique que prévu

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Près de 1.000 personnes ont été interpellées à Paris samedi lors d'une journée de mobilisation plus calme que la précédente. 

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Le pire a été évité à Paris. "L’acte 4" de la mobilisation des "gilets jaunes" a été plus calme que la semaine dernière, avec 10.000 manifestants recensés dans la capitale. Les forces de l'ordre ont procédé à 920 interpellations, dont 619 gardes à vue à Paris. Par ailleurs, 126 blessés ont été recensés. La maire Anne Hidalgo a déploré "des scènes de chaos".  

Les principales informations à retenir :

  • 125.000 manifestants ont défilé dans toute la France, dont 10.000 à Paris
  • 1.385 personnes ont été interpellées au niveau national, dont 920 à Paris et 619 ont été placées en garde à vue dans la capitale
  • 126 personnes ont été blessées 

Un volume d'interpellations "inédit"

Après une matinée relativement calme, des heurts ont éclaté samedi à différents endroits de la capitale. Des gaz lacrymogènes aux abords des Champs-Élysées, le Drugstore de Publicis de l'avenue attaqué, des vitrines brisées avenue de Friedland, une barricade enflammée sur les Grands-Boulevards où les véhicules blindés de la gendarmerie ont été déployés... des points de tension se sont soudainement créés en début d'après-midi alors que contrairement au samedi précédent, aucun incident majeur ne s'était produit jusqu'à la mi-journée. En début de soirée, la capitale a commencé à connaître un retour progressif au calme, malgré des heurts entre manifestations et policiers place de la République. 

125.000 manifestants, 1.385 interpellations. Le ministre de l'Intérieur a pris la parole en début de soirée pour dresser le bilan de cette journée. Selon les chiffres avancés par Christophe Castaner, 125.000 manifestants ont défilé dans toute la France. Au total, 1.385 personnes ont été interpellées, dont 920 à Paris. Parmi elles, 619 ont été placées en garde à vue. Cent vingt-six personnes ont été accueillies samedi dans les hôpitaux parisiens et en banlieue pour des blessures. 

Parmi les personnes appréhendées, 29 au moins sont des "meneurs d'ultra-gauche, d'ultra-droite et des 'gilets jaunes' radicalisés". Selon nos informations, Julien Coupat, l'ancien leader du "groupe de Tarnac" a été interpellé samedi matin par la DGSI, qui le suivait depuis plusieurs semaines, alors qu'il circulait dans sa voiture dans le 19ème arrondissement de Paris. Il a été remis au commissariat du 20ème. 

Quelques heures avant le début de la manifestation, 34 personnes avaient été placées en garde à vue, a indiqué samedi matin une source proche du dossier. En milieu de matinée, ce chiffre est monté à 361, puis à 536 à 16h. Ce sont des gens venus de régions, âgés d'une trentaine d'années et sur lesquels ont été retrouvés des masques, des frondes, des marteaux, des pavés mais aussi des couteaux, un bidon d'essence ou encore un harpon. Au total, 724 personnes ont été placées en garde à vue dans toute la France.

Situation tendue sur les différents points de fixation parisiens

Sur les Grands-Boulevards, un cortège hétéroclite rassemblant "gilets jaunes", militants antiracistes et anticapitalistes ainsi qu'écologistes a été bloqué par les forces de l'ordre. Après une matinée assez calme, la tension a redoublé dans le quartier. Une barricade a été enflammée et des véhicules blindés de la gendarmerie sont intervenus. À l'angle du 2e et du 9e arrondissement, des "gilets jaunes" ont utilisé du mobilier urbain et de la végétation pour construire des barricades. 

Sur les Champs-Élysées, des affrontements ont eu lieu entre les forces de l'ordre, qui usent de gaz lacrymogène et de grenades désencerclantes, et les manifestants. Des manifestants, certains vêtus de "gilets jaunes", ont tenté d'incendier la façade du Drugstore Publicis situé en haut des Champs-Élysées. La tombée de la nuit n'a pas fait fuir les manifestants qui faisaient toujours face aux forces de l'ordre sur l'avenue, avec quelques échauffourées provoquées par de petites groupes mobiles. Mais la situation était toujours plus calme que la semaine précédente.

Aux abords de l'avenue, des vitrines ont également été brisées par des casseurs et des voiture ont été incendiées. Certains "gilets jaunes" ont dénoncé ces violences. Une jeune femme a notamment été sérieusement blessée à un œil par un éclat de grenade. 

Devant la gare Saint-Lazare, une centaine de manifestants se sont également retrouvés en fin de matinée.

Des journalistes et photographes dénoncent des tirs de la police

Selon plusieurs journalistes, les forces de l'ordre ont tiré, de façon consciente ou non, sur la presse. Selon Le Monde, "un groupe de photographes, à genoux pour se protéger et clairement identifiable, a été pris pour cible [par des policiers de la Bac]. Un photographe indépendant a notamment été touché à l’épaule. Plus tôt, face au drugstore Publicis, un autre photographe avait été touché à l'aine par un flashball".

Sur Twitter, le reporter du média indépendant Explicite JA, Paul Conge, a reçu une grenade désencerclante à mi-cuisse. Boris Kharlamoff, de l'agence A2PRL, a également reçu un tir de flash-ball alors qu'il "avait [son] brassard presse en évidence". Yann Foreix, journaliste au Parisien, a lui aussi dénoncé un tir de flash-ball dans la nuque, à deux mètres de distance. "Très en colère, j'ai enlevé toutes mes protections et je suis allé dire (au policier, ndlr) qu'il venait de me tirer dans le dos à bout portant dans la nuque… Je pense qu'il a eu peur de m'avoir tué car je suis tombé au sol pendant quelques secondes. Il m'a dit 'Désolé je visais quelqu'un d'autre'", a-t-il indiqué à son journal.

Plusieurs journalistes se sont plaints que leurs équipements de protection leur aient été confisqués par les forces de l'ordre, les exposant à des risques physiques. "Casques et masques de protection volés par les CRS parce que je prenais une photo", a ainsi dénoncé la photographe de guerre Véronique de Viguerie, primée cette année au festival de photojournalisme Visa pour l'image, twittant peu après qu'elle s'était retrouvée exposée aux gaz lacrymogènes sans pouvoir s'en protéger.