"Ça sent le brûlé, non ?" : la cuisine, pièce centrale de l'œuvre de Jean-Pierre Bacri

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Jean-Pierre Bacri a notamment partagé l'affiche avec Sam Karmann et Jean-Pierre Daroussin dans "Cuisine et dépendances". 2:36
Jean-Pierre Bacri a notamment partagé l'affiche avec Sam Karmann et Jean-Pierre Daroussin dans "Cuisine et dépendances". © Capture d'écran Allociné
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L'acteur et scénariste, disparu cette semaine à l'âge de 69 ans, avait écrit et interprété de nombreux films et rôles autour des repas et de la cuisine, lieu de confidences et de règlements de comptes. Laurent Mariotte et les "bons vivants" lui ont rendu hommage, samedi sur Europe 1. 

"Je ne voudrais pas me mêler, mais j'ai l'impression que ça sent le brûlé, non ?" C'est l'une des innombrables répliques cultes de l'acteur et scénariste Jean-Pierre Bacri, mort d'un cancer à l'âge de 69 ans, lundi. Dans Cuisine et dépendances, de Phillipe Muyl, il donne la réplique à Sam Karmann et Jean-Pierre Daroussin dans un dialogue hilarant - et dont il est l'un des auteurs. Un exemple, parmi tant d'autres, de l'importance qu'avaient la cuisine et la gastronomie dans l'œuvre du comédien, à qui Laurent Mariotte et les chroniqueurs de La Table des bons vivants ont tenu à rendre hommage, samedi sur Europe 1. 

Un repas qui vire au règlement de comptes

Cuisine et dépendances, c'est l'histoire d'un haddock qui brûle dans une grande cuisine bourgeoise, et avec lui, celle de tout un repas qui vire au règlement de compte général entre amis, comme ça arrive parfois dans la vie. 

En cherchant l'ouvre boîte, on refuse de prêter de l'argent à un frère un peu pique-assiette. En débouchant une bouteille de vin, on fustige l'arrogance des riches qui font exprès d'arriver en retard et on rumine une carrière d'écrivain un peu raté. Et puis, pour oublier qu'on n'en peut plus de sa vie de femme au foyer, on s'empiffre de la bûche à moitié fondue.

Si les repas sont si importants sous la plume de Jean-Pierre Bacri, c'est justement parce qu'il s'y joue des choses importantes. C'est souvent à table que les choses cruciales se disent, que les familles éclatent, que les masques sociaux tombent, que les amitiés se célèbrent. Bref, que l'hypocrisie est chahutée. 

Une tradition du cinéma français

Et en la matière, Jean-Pierre Bacri nous laisse des scènes inoubliables que n'auraient pas reniées Chabrol ou Sautet, parce qu'elles s'inscrivent dans la lignée des films français où la table a autant d'importance que dans la réalité. On se souvient notamment du Goût des autres, d'Agnès Jaoui, avec son bar et son restaurant. 

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Mais aussi d'Un air de famille, de Cédric Klapisch, où la famille Ménard se disloque autour du zinc de Georges, dans son restaurant "Au père tranquille", entre la Suze et le canard. 

On y dit les préférences de la mère pour l'un de ses fils, l'amour d'une journaliste libre pour un serveur enfin gentil, le mépris mielleux d'un mari égocentrique pour sa femme ou l'immense tendresse contenue d'un bistrotier pour retenir la sienne. Ce bistrotier, c'était Jean-Pierre Bacri.

Europe 1
Par Charlotte Langrand