Les blocages de lycées risquent de s'intensifier dans tout le pays. Les revendications des lycéens, souvent jugées floues, suscitent l'incompréhension de certains adultes. À Lyon, une scène de tension entre riverains et manifestants illustre ce dialogue difficile.
Les blocages de lycées risquent de se poursuivre, voire de s'intensifier à travers tout le pays. 75 lycées ont été perturbés en Île-de-France. Dans la région lyonnaise, une dizaine d'établissements ont connu des blocages, à Lyon et en banlieue.
Des revendications parfois jugées fourre-tout et peu claires, comme des emplois du temps surchargés ou l'absence de professeurs, sont sévèrement jugées par certains adultes témoins de ces blocages et des violences qui les accompagnent en ville.
"On n'a pas assez de professeurs, pas assez de matériel"
Près du lycée Édouard-Herriot, où un blocage avec des feux de poubelles a eu lieu le matin même, Yves et Marie-Josèphe, des retraités du quartier, interpellent Ileyda, une manifestante de 16 ans, pour lui demander des explications.
"On est beaucoup trop nombreux par classe. On n'a pas assez de professeurs, on n'a pas assez de matériel, on n'a même pas tous nos manuels pour les spécialités. Dans nos emplois du temps, on a plus de trous que d'heures de cours. Tous les jours, on fait des journées de 8h à 18h. Comment voulez-vous que le soir on rentre et qu'on fasse nos devoirs directement ? On a à peine le temps de se coucher", explique la lycéenne.
Face à elle, les retraités relativisent. "Bon, écoutez, là, faut quand même pas exagérer. Vous me dites : on est 40 par classe. Moi, je me souviens, en seconde, on était 42, et eh bien, on y arrivait. Et puis il faut vous préparer à l'avenir, parce que quand vous serez en fac, vous serez dans un amphi et vous serez 400 !"
"Allez travailler" : la colère d'un riverain
D'autres jugent ces revendications dérisoires, et surtout injustifiées au regard de la violence qui les accompagne. C'est l'avis de Stéphane, 60 ans, très remonté contre ces actions lycéennes : "Mais allez travailler, c'est bon ! Quand je vois des gamins comme vous, je suis déçu de ce pays ! Nous, on a travaillé, on a payé nos études. J'ai 60 ans, j'ai bossé toute ma vie, vous n'allez pas m'apprendre la vie !"
L'échange dérape rapidement sur le terrain politique. Interrogé sur son vote, l'homme affirme soutenir le Rassemblement national, provoquant la réplique ironique de son interlocutrice, qui dit vouloir voter pour La France insoumise. "Et voilà... Madame, je respecte votre choix. Votez LFI. Dans 25 ans, vous allez voir le pays, vous allez pleurer !", lui répond-il.
Un dialogue difficile, résumé par l'interrogation d'un père de famille présent sur place : "Comment peut-on encore réclamer et casser de la sorte, alors que la France a une dette de presque 3.600 milliards d'euros ?".