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Romain David , modifié à
Réagissant au micro de Nikos Aliagas, sur Europe 1, aux insultes antisémites dont a été la cible l'académicien Alain Finkielkraut, le philosophe Bernard-Henri Lévy a évoqué l'antisémitisme qui gangrène le mouvement des "gilets jaunes", parallèle historique à l'appui. 
INTERVIEW

Alain Finkielkraut a été violemment insulté samedi à Paris, en marge de l'"acte 14" des "gilets jaunes". Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, l'académicien est notamment qualifié de "sale sioniste de merde". Une scène qui, couplée à l'augmentation de 74% des actes antisémites en 2018, ou encore aux dégradations la semaine dernière de boîtes aux lettres à l'effigie de Simone Veil, pousse le philosophe Bernard-Henri Lévy à faire un triste parallèle historique. "On est dans un moment qui me fait penser à l'époque de l'affaire Dreyfus", a-t-il ainsi estimé lundi, au micro de Nikos Aliagas sur Europe 1.

Un antisémitisme au "cœur du mouvement" des "gilets jaunes". "Il y a eu quelques années où l'on a vu ça : les anti-républicains des deux rives, de droite et de gauche, unis contre les parlementaires, les journalistes et en fin de compte contre les juifs", rappelle-t-il. "Ça a duré quelques années et puis la France s'est ressaisie." L’écrivain pointe surtout la responsabilité du mouvement des "gilets jaunes", estimant que la violence et les dérapages des premières journées de mobilisation ont progressivement conduit à la radicalisation de la grogne. 

>> De 7h à 9h, c’est deux heures d’info avec Nikos Aliagas sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

"Cette violence contre les journalistes, contre les policiers, contre la représentation nationale, a commencé dès les premiers actes de ce mouvement", rappelle Bernard-Henri Lévy. "La violence contre les juifs, les slogans antisémites sont comme le terme de ce mouvement, l'aboutissement de cette distillation. On commence par le référendum d'initiative citoyenne et on finit par l'antisémitisme. On commence avec Rousseau et on finit avec Doriot. Ce ne sont pas les marges ça, c'est le cœur du mouvement !", martèle-t-il.

"On ne peut pas dire que le mouvement des 'gilets jaunes' est intrinsèquement antisémite. Bien sûr que non. Mais ça veut dire en revanche qu'il serait temps que ceux qui restent des 'gilets jaunes' se manifestent fortement pour dire 'pas en notre nom'", nuance-il cependant.

Les propos "ahurissants" de Jean-Luc Mélenchon. Le philosophe s'insurge également contre les voix qui ont minimisé l'agression dont a été victime Alain Finkielkraut, et notamment contre Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise. Dans un tweet, le député des Bouches-du-Rhône a estimé qu'il ne fallait "jamais lasser passer le racisme", mais se dit également "conscient de l'instrumentalisation de l'antisémitisme". "Quand je vois certains leader politiques comme Jean-Luc Mélenchon dire des choses absolument ahurissantes : antisémitisme instrumentalisé, comme s'il fallait l'opposer à un antisémitisme franc et loyal", s'agace Bernard-Henri Lévy.

"Quand un juif se fait agresser parce qu'il est juif, il est interdit de se demander si l'on est d'accord ou pas avec lui", poursuit-il. "On commence par dénoncer et dire qu'en 2019, l'antisémitisme, les mots d'ordre nazis qui balafrent nos rues, qui souillent la conversation nationale, sont inacceptables. Il n'y a pas de 'mais'."