Benoît a été faussement diagnostiqué autiste : "J’ai été un faux positif"

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Benoît a été diagnostiqué autiste alors qu’il ne l’est pas. Il souffre en réalité du délire de relation des sensitifs de Kretschmer, un type de délire paranoïaque. Au micro d’Olivier Delacroix, sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Benoît raconte comment ce mauvais diagnostic a été posé puis contredit.
TÉMOIGNAGE

Alors qu’il rencontrait des difficultés au travail, notamment dans ses interactions sociales, Benoît a été diagnostiqué autiste. Mais ce diagnostic a ensuite été contredit par son psychiatre. Benoît explique donc avoir été un "faux positif". Il souffre en réalité du délire de relation des sensitifs de Kretschmer. La personnalité sensitive est un type de personnalité paranoïaque. Au micro "La Libre antenne", sur Europe 1, Benoît raconte à Olivier Delacroix ses difficiles interactions sociales et comment le bon diagnostic a finalement été posé.

"Dans les diagnostics psychiatriques, il existe parfois ce qu'on appelle des 'faux positifs', c'est-à-dire des gens qui sont diagnostiqués par erreur. Je l’ai moi-même vécu en ce qui concerne l'autisme. J'ai été accueilli par le CRA (Centre de Ressources Autisme) régional. J’ai été un 'faux positif'. Ça a été confirmé par un médecin qui n'était pas du tout d'accord avec le diagnostic. Ce psychiatre de ville m’a expliqué qu’il faut parfois se méfier avec ce genre de diagnostic. Il y a beaucoup de gens qui souffrent de ce genre de difficultés et je comprends qu'il faille les diagnostiquer. Inversement, il y a quelques excès de certains praticiens qui auraient tendance à vouloir chiffrer les choses.

J’étais en difficulté professionnelle. Je me cherchais. J’avais beaucoup de difficultés au quotidien, en termes d'interactions sociales. Plusieurs éléments m’ont alerté. J'en ai parlé à mon médecin. Un psychiatrique m'a dit ça pouvait valoir le coup de passer des tests au CRA. La finalité des choses, c’était d’obtenir des aides dans le travail, notamment pour obtenir la RQTH, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Ça peut faciliter certaines choses. Mon objectif, c’était d’officialiser les choses.

" C'est comme si je me sentais en danger dans des groupes  "

Les interactions sociales sont compliquées. Tout est difficile au quotidien. Les fonctionnements en groupe sont très compliqués aussi. J’ai tendance à rester en retrait. C'est comme si je me sentais en danger dans des groupes. Je travaillais dans le domaine du paramédical. J’étais technicien associé à des spécialités médicales. On a un service d'une quarantaine de personnes. Il y a beaucoup de pression ressentie. Je parle de moi, mais ça peut aussi concerner d'autres personnes à la personnalité sensitive. Le mieux, c'est de travailler dans des groupes limités. Ça aide, parce que ça réduit la pression psychique.

On retrouve chez moi tous ces traits de caractère. C’est pour ça qu’il y a eu une remise en cause du diagnostic du syndrome d'Asperger. Le vrai diagnostic, c’est le délire de relation des sensitifs de Kretschmer. On a une sensibilité beaucoup plus forte que la moyenne. C'est assez caractéristique. On se sent très rapidement agressés aussi. C’est assez particulier. On souffre beaucoup dans les interactions sociales. Ça m’handicape beaucoup.

J’ai eu des pépins de santé et j'ai été arrêté. Je suis entré dans des mécanismes de congés longue durée, que l'on a dans la fonction publique. Je vais reprendre un travail. Cette fois-ci, j’ai demandé un travail adapté. J'ai forcé le cours des choses. J’ai demandé un reclassement de mon propre chef. Je ne suis pas passé par le comité médical. C’est une instance assez puissante au niveau départemental. Parfois, le processus peut prendre très longtemps et il y a un risque de perdre toute chance d’emploi à la sortie. 

J'ai pris un minimum de risque. Je me suis dit que j’allais négocier avec l'administration. J'ai pu obtenir un poste en reclassement, de mon propre chef. Je suis très content parce que j'ai lutté. Retrouver un travail, c’est très important. C’est même rassurant pour soi-même. Il n’y a pas de solution miracle. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à changer de praticien, demander plusieurs avis. Il y a parfois des guerres de chapelles et des influences en fonction des écoles. Ça a tendance à pénaliser les patients."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin