Benoît, 47 ans, est un ancien alcoolique : "Ça me permettait d'échapper à ce que j'étais"

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Alcoolique et polytoxicomane pendant 29 ans, Benoît est aujourd'hui "dans l'abstinence totale". "C'est impossible d'arrêter tout seul", explique-t-il à Olivier Delacroix sur Europe 1.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Benoît, 47 ans, a été alcoolique pendant 29 ans et polytoxicomane. Il explique à Olivier Delacroix qu'il consommait ces produits pour fuir son quotidien, tout en sachant que cela n'était pas bon pour lui. Ses addictions lui ont posé de multiples problèmes dans sa vie de tous les jours, particulièrement dans ses relations avec les autres. Benoît raconte notamment ne pas avoir réussi à construire de relation amoureuse stable dans ces conditions. Il est aujourd'hui guéri et n'a plus rien consommé depuis neuf mois.

"[Mes parents ne le voyaient pas], je pense qu'il y avait une part de déni. Je suis atteint d'une dépression et je pense qu'ils ont tout mis sur le dos de la dépression. En même temps, je n'ai pas vraiment donné de signes pour leur montrer que j'étais atteint de cette maladie. J'ai su bien plus tard que l'alcoolisme était une maladie. Ceci dit, je leur expliquais souvent que je n'étais pas bien, que j'étais mal, que je ne savais pas où j'en étais. J'étais dans l'isolement.

Enfant, j'étais très timide. J'avais beaucoup de mal à faire du lien avec les autres, j'étais beaucoup enfermé dans ma chambre. L'école ne me plaisait pas et je suis vite parti travailler. Dans le travail, ça a été. Je n'ai jamais eu de difficulté à trouver du travail. Là-dessus, j'ai réussi à m'en sortir mais je m'enfermais plus en fait. C'est une forme d'isolement aussi, je passais beaucoup de temps dans le travail.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

"C'était les seuls moments où je me sentais bien"

L'alcool et la drogue étaient une fuite. Des compagnons aussi forcément. C'était les seuls moments où je me sentais bien, tout en sachant que c'étaient des paradis artificiels. Ça n'apporte rien mais ça me permettait d'échapper à mon mode de vie, à ce que j'étais, à ce que je n'acceptais pas chez moi, que ce soit physique ou psychique. C'était ma porte de sortie.

Je savais que ce n'était pas bon du tout mais une fois que j'avais commencé, je ne pouvais pas m'arrêter. C'est le problème de cette maladie. J'avais pleine conscience de ce que je faisais. Ça fait 20 ans que je sais que je suis alcoolique mais j'ai mis 20 ans à m'en sortir.

J'ai surtout essayé seul mais c'est impossible de s'en sortir seul. J'ai dû arrêter un mois de consommer de l'alcool, mais en parallèle j'ai rattrapé ce manque par des drogues dures. En réalité, je n'ai jamais arrêté. J'ai toujours été intoxiqué, 24 heures sur 24. C'est impossible d'arrêter tout seul.

"Tout ce que je construisais se cassait la figure, que ce soit au niveau professionnel ou personnel"

J'avais des copains de consommation, vous restez dans le même cercle. Aujourd'hui, je ne les vois plus. Moi qui suis dans l'abstinence totale, je ne les côtoie plus, ça s'est fait naturellement. Par contre, vis-à-vis de mes parents, pendant ma consommation, ça a été violent pour eux de par mon comportement. Tout ce que je construisais, ça se cassait la figure, que ce soit au niveau professionnel ou personnel.

[Il m'était impossible d'avoir des relations amoureuses] parce que je ne pouvais pas être fiable. Je ne pouvais pas promettre de m'installer avec quelqu'un, d'avoir une vie de couple ou des enfants. J'avais beaucoup de mal à m'assumer par rapport à cette addiction, je ne pouvais rien construire. Avec mes compagnes, ça durait peut-être six mois, un an au grand maximum et ça se finissait dans des violences absolues. Ça a été très dur pour certaines filles. C'est très compliqué de s'installer avec quelqu'un qui boit, qui consomme des drogues. C'est invivable.

Forcément, ça a laissé des traces. J'ai quand même beaucoup de culpabilité, de honte. Maintenant, je vis pleinement, dans la mesure où je n'ai plus d'alcool ou de produits pour anesthésier mes émotions. Ce n'est pas facile, c'est un travail de tous les jours. C'est pour cela aussi que je suis dans une structure qui me permet de suivre un programme d'un an sur tout ce travail-là, sur mes traits de caractère, sur tout ce que j'ai pu vivre et faire subir.

"J'ai retrouvé le goût de la vie"

Aujourd'hui, cela fait neuf mois que je n'ai touché à aucun produit. Par ma façon de vivre et de voir les choses, j'ai retrouvé le goût à la vie. Ça change beaucoup de choses. Au lieu de me justifier, c'est par ce que je suis aujourd'hui, tout le travail que je fais, fait changer le regard des gens autour de moi."

L'avis du spécialiste

Docteur Philippe Batel, psychiatre addictologue

"On sait que prendre un produit à long terme et être dans la grande difficulté à se dégager de ce produit ou de ce comportement, cela va avoir des effets sur le corps, sur le psychisme, sur l'anxiété, sur la dépression, l'insomnie. Et puis, cela va avoir beaucoup d'impact dans les relations avec les autres. Tous ces dommages négatifs, il faut vraiment les prendre comme quelque chose qui est un système.

Le sujet addict est dans la vie, il a des relations avec les autres que l'addiction va compliquer considérablement. Y compris des relations qui peuvent être amoureuses donc très fortes, anciennes, avec des enfants au milieu, des relations qui peuvent apparaître naturelles. Tout cela est complètement bouleversé. Donc quand nous, les addictologues, nous prenons en charge les patients en difficultés, nous avons l'ardente obligation d'accompagner aussi l'entourage."