"Je la voyais différente" : Hélène de Fougerolles se livre sur l'enfance de sa fille autiste

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L'actrice Hélène de Fougerolles était l'invitée d'Europe 1 samedi.
L'actrice Hélène de Fougerolles était l'invitée d'Europe 1 samedi. © FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Dans un témoignage poignant sur Europe 1, l'actrice Hélène de Fougerolles s'est confiée les déboires qu'elle a vécus auprès de médecins et psychologues pendant les premières années de la vie de sa fille Shana, atteinte de TSA (troubles du spectre de l'autisme).
TÉMOIGNAGE

Pour la sortie de son livre autobiographique T'inquiète pas, maman, ça va aller, le 24 février (éditions Fayard), l'actrice et désormais autrice Hélène de Fougerolles a ouvert son cœur dans Il n'y a pas qu'une vie dans la vie sur Europe 1. Elle a raconté les difficultés à accepter les troubles du spectre autistique (TSA) de sa fille Shana, en raison d'une mauvaise prise en charge par des médecins et psychologues qui ont considéré qu'elle était une "mauvaise mère" responsable des troubles de son enfant. "Je ne veux surtout pas faire pitié avec ce livre. J'aimerais que les gens ferment ce livre en se disant 'elle a de la chance d'avoir une enfant comme ça'. (…) Aujourd'hui, je peux dire que c'est une immense aventure", a-t-elle expliqué au micro d'Isabelle Morizet.

"On m'a dit qu'elle était handicapée mentale"

L'actrice raconte avoir eu du mal au départ à admettre la différence de sa fille Shana, atteinte de TSA et aujourd'hui âgée de 17 ans, ayant entraîné "dix ans de déni". "Je voyais qu'elle était un peu différente parce qu'il y avait plein de petites choses, par exemple, il ne fallait pas marcher en dehors des bandes blanches quand on était dans la rue, elle n'était pas très curieuse, n'allait pas aller tout toucher. (…) Mais ce qui était particulier, c'est que tout le monde m'a demandé d'aller consulter parce qu'elle n'allait pas bien. Mais elle allait très, très bien ! Elle n'a jamais été malade, elle était en pleine forme. C'est juste qu'elle ne parlait pas", déplore Hélène de Fougerolles. "Mais on a passé des journées entières dans des hôpitaux à faire des examens, à faire des prises de sang, à faire des IRM, à mettre des électrodes sur sa tête, à faire des radios des mains…"

"On nous demandait d'aller les voir, parce qu'on nous demandait un diagnostic. Et personne n'en avait. On m'a juste dit pendant les 13 premières années de sa vie qu'elle était handicapée mentale. Ce qui était impossible pour moi à entendre. Je n'ai pas voulu entendre ça. Je la voyais différente, rigolote, complètement à côté de la plaque", mais pas handicapée mentale, insiste Hélène de Fougerolles.

Dans son livre, l'actrice livre notamment la parole d'un pédiatre neurologue réputé qui, après avoir examiné son enfant alors âgée de 5 ans, lui dit : "Votre fille est foutue". "Il m'a dit aussi 'si un enfant ne parle pas cinq ans, elle ne parlera jamais'. Et elle a parlé à cinq ans et demi !" s'indigne-t-elle.

Neurologique et pas psychiatrique

Elle déplore ce manque de connaissance des TSA de la part de certains "spécialistes" qui restent bloqués sur une approche psychanalytique des TSA. "Il y en a des formidables comme Christophe André. Mais j'ai rencontré beaucoup de personnes qui ont été mal enseignées, parce que dans cette profession de psy, que ce soit pédo-psy, psychiatres et psychologues, beaucoup considèrent que l'autisme est le résultat d'une maltraitance maternelle. Je crois que c'est Freud et Bruno Bettelheim qui ont parlé de ça au départ et ça a été ensuite repris comme une vérité", déplore Hélène de Fougerolles. Or, dit-elle, "aujourd'hui, on sait que c'est neurologique et génétique et pas du tout psychiatrique". Mais "ça fait seulement trois ans" qu'on en parle, dit-elle.

En conséquence, l'actrice a "entendu pendant dix ans" qu'elle était "une mauvaise mère" et que si sa fille était autiste, c'était sa faute. "Sincèrement, dès que vous voyez une maman d'un enfant autiste, dites lui 'ce n'est pas de ta faute'", appelle-t-elle sur Europe 1. Hélène de Fougerolles, qui s'est formée à l'hypnothérapie, compte désormais créer une "maison de vie" pour aider les personnes comme sa fille. 

Europe 1
Par Séverine Mermilliod