ENQUÊTE - Tous les radars seront-ils réparés pour l’été ?

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Alors que 75 % des appareils de contrôle automatique de la vitesse étaient abîmés au mois de mars, le ministère de l'Intérieur affirme aujourd'hui que "l'essentiel" fonctionnent. Une affirmation trompeuse.
ENQUÊTE

"Ayons en tête que l'essentiel des radars sur les grands axes de circulation fonctionnent." Voilà ce que déclarait au micro d'Europe 1 Christophe Castaner, la semaine dernière, à l'occasion des premiers grands départs en vacances. Au 1er mars, pourtant, 75% d'entre eux étaient dégradés, d'après le ministère de l'Intérieur. Europe 1 est allé regarder de plus près ce qu'il en est vraiment. 

Selon nos informations, le ministre de l'Intérieur a raison s'il parle des autoroutes et des voies rapides. La majorité des radars sur ces axes sont en état de flasher, mais il faut nuancer : cela veut dire qu'au moins la moitié des radars fonctionnent. En réalité, ces appareils-là ont été assez peu dégradés, car plus difficile d'accès.

En Charente-Maritime, deux-tiers des radars sur les axes secondaires ne fonctionnent pas

Pour les axes secondaires, en revanche, c'est une autre affaire. Difficile d'avoir des chiffres officiels, le ministère de l'Intérieur verrouillant toute communication sur le sujet. Pour avoir une idée de la situation, Europe 1 est partie en Charente-Maritime, un département fréquenté l'été. Et le constat est clair : si vous avez prévu de partir à La Rochelle ou sur l'île de Ré, vous avez peu de chance de prendre une amende pour excès de vitesse.

 

"À la Rochelle, il n'y en a plus, ils l'ont arraché. Celui de Marennes ne fonctionne pas, à Rochefort il est bâché...", décompte un restaurateur. "Il ne doit pas y en avoir beaucoup, déjà sur le bassin Marennes-Oléron, Rochefort-La Rochelle, il y en a zéro." Cinquante appels plus tard, Europe 1 a tout de même trouvé 8 radars en état de fonctionnement, quand 16 sont tagués, bâchés, brûlés, ou carrément retirés du bord de la route. Ce qui fait donc deux tiers des engins toujours hors service.

Des radars efficaces ?

Reste à savoir si cela a eu un impact sur la vitesse ou le nombre d'accidents. Pour Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes, on est en droit de se poser la question. "On observe sur les réseaux secondaires et les parcelles où il y avait des radars désactivés une absence d'accidents mortels", explique-t-il à Europe 1. "En fait, depuis juillet 2018 et l'augmentation des dégradations des radars, on observe une baisse de la mortalité routière et de l'accidentalité aux endroits où étaient implantés ces radars. Donc on donne plutôt raison à ceux qui pensent que le radar n'est pas l'alpha et l'oméga de la sécurité routière."

Anne Lavaud, déléguée générale de l'association Prévention routière, n'est, sans surprise, pas vraiment d'accord. "Les contrôles automatiques ont été installés en 2003. À l'époque, la vitesse moyenne était d'à peu près 92km/h hors autoroutes et agglomérations", souligne-t-elle. "En 2017, donc avant [les dégradations], on était à 82 km/h. Et entre les deux, la mortalité a baissé de 50%. Bien sûr, tout n'est pas dû aux radars, mais tout de même. Cela vaut le coup de s'interroger sur leur efficacité."

Europe 1
Par Pierre Herbulot, avec Johana Chabas et Arnaud Rozak, édité par Margaux Baralon