Ce soir du 13 novembre 2015, le match entre l'équipe de France et l'Allemagne avait commencé dans une belle ambiance lorsqu'un bruit sourd résonne dans toute l’enceinte. Il est 21h16. Certains pensent à une bombe agricole ou une bonbonne de gaz. Mais quatre minutes plus tard, une nouvelle explosion fait trembler les murs du stade.
Sur le terrain, Patrice Evra est surpris au moment de passer le ballon et montre un visage inquiet. Le défenseur ne le sait pas mais deux kamikazes, puis un troisième, se sont fait exploser à l’extérieur de stade, faisant une victime. Le stade de France est bouclé. Les grilles fermées, les agents de sécurité sont sur le qui-vive, les forces de l'ordre sécurisent l’extérieur de l’enceinte. Les joueurs restent marqués par cette soirée meurtrière, tout comme la directrice du stade de France.
Aucune information sur les événements diffusée pendant la rencontre
Alors que l'attentat est en cours, aucune information n'est diffusée sur les écrans géants du stade pour éviter un mouvement de panique de la foule explique Alexandra Boutellier, alors directrice du stade de France : "Quand vous constatez qu'il s'est passé quelque chose de dramatique, vous fermez l’enceinte et vous faites en sorte de ralentir les flux d'informations car vous savez qu'ils seront vos ennemis. Il a semblé évident pour tout le monde de ne pas diffuser de message à l'intérieur du stade, pouvant provoquer un mouvement de panique. Dans une enceinte fermée avec 80.000 personnes, c'est ce qui peut vous arriver de pire", relate-t-elle .
Pour éviter le moindre soupçon qu'un événement tragique est en cours, le président de la République, François Hollande, reste à sa place jusqu'à la mi-temps. Le chef de l'Etat monte ensuite au PC sécurité pour diriger les opérations avant d'être exfiltré du stade.
Un moment de fraternité
Comme les spectateurs, les joueurs ont aussi été volontairement laissés dans l'ignorance afin que le match puisse aller jusqu'à son terme. À la fin de la rencontre, les footballeurs français et allemands apprennent que des événements dramatiques sont en cours dans la capitale explique Philippe Tournon, ancien chef de presse des bleus. "On va dans le tunnel et là il y avait un écran de télé. Les joueurs, le staff prennent connaissance de ces images, de ces événements dramatiques, du balais des ambulances, des gyrophares, la sinistre comptabilité des morts qui s'allonge", raconte-t-il.
Un moment de fraternité débute dans le vestiaire : "Il n’y avait plus qu'un vestiaire, je les vois encore Français et Allemands assis par terre, le dos contre le mur, avec une canette de bière ou de coca. Les Allemands voulaient rentrer chez eux directement sans repasser à l'hôtel et Didier Deschamps, dans un mouvement de solidarité, a dit, on ne part pas tant que les Allemands n’ont pas réglé leurs problèmes d’avion".
Lassana Diarra endeuillé, Antoine Griezmann angoissé
Mais Antoine Griezmann est particulièrement angoissé. L’international n'a pas de nouvelles de sa sœur qui était au Bataclan raconte Philipe Tournon, l'ancien attaché de presse de l’équipe de France. "Le téléphone ne passait pas et il se doutait qu'elle était allée voir ce concert. Quand sa sœur a pu sortir du Bataclan et a pu appeler sa maman, sa mère a ensuite téléphoné à Antoine qui a été rassuré".
Mais à la fin de la nuit, une fois de retour à Clairefontaine, Lassana Diarra apprend que sa cousine a perdu la vie rue Bichat. Quatre jours plus tard, les Bleus jouent en Angleterre. Pour le président de la Fédération française de football de l’époque, Noël Le Graët, pas question d’annuler car ce serait, dit-il, "une victoire pour les terroristes". Le stade de Wembley est éclairé en bleu, blanc, rouge. Une inoubliable Marseillaise est entonnée par tous les supporters.