Appel à la grève illimitée chez les internes en médecine : "On fait souvent des semaines à 100 heures de travail"

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L'entrée des urgences au CHU de Nantes, en Loire-Atlantique.
L'entrée des urgences au CHU de Nantes, en Loire-Atlantique. © AFP
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À partir de mardi, les internes sont appelés à une grève illimitée pour protester contre leurs conditions de travail. Ils souhaitent un meilleur statut et déplorent une dégradation des soins. Europe 1 est allée à la rencontre de deux internes en médecine de Nantes, qui font part de leur ras-le-bol.

Autre sujet sensible pour le gouvernement en ces temps de mobilisation contre la réforme des retraites : la fronde dans les hôpitaux. À partir de mardi, les internes sont appelés à une grève illimitée alors que la crise de l'hôpital couve depuis plusieurs mois déjà. Et le mot d'ordre de ce mouvement est clair : "internes exploités, patients en danger".

"Personne n'irait dans un avion avec un pilote qui n'a pas dormi depuis 30 heures"

Les internes dénoncent la dégradation des soins et demandent un meilleur statut. Il faut dire qu'ils enchaînent les heures, avec un salaire de 1.400 à 1.700 euros par mois. Au CHU de Nantes, Jules Lecomte, interne en anesthésie-réanimation, en est à sa neuvième année d’étude et de pratique. Il gagne 1.700 euros par mois avec des horaires dangereusement hallucinants. "On fait souvent des semaines à 100 heures de travail. Ma dernière garde, c'était samedi, j'ai dormi vingt minutes", indique-t-il au micro d'Europe 1.

Il prend une image pour bien faire comprendre la mesure de la dangerosité de la situation. "Personne n'irait dans un avion avec un pilote qui n'a pas dormi depuis 30 heures. Quand vous venez aux urgences et que vous avez l'interne de garde qui n'a pas dormi depuis 30 heures, eh bien vous prenez les mêmes risques", estime-t-il.

"On ne s’était pas mis en grève depuis sept ans"

Camille Lecardonnel, elle, est interne en médecine d’urgence. La jeune femme adore toujours ce métier malgré la pression, de plus en plus lourde, et les responsabilités considérables. "On a quand même la vie des gens entre nos mains. Si on est trop exténués, le risque est qu'un patient meurt entre nos mains", souligne l'interne en médecine. Camille Lecardonnel dénonce ainsi "des rythmes insoutenables et des burn-out assurés". "J'ai des amis qui en font et je suis très inquiète qu'ils se suicident", confie-t-elle. "On ne s’était pas mis en grève depuis sept ans", insiste-t-elle. Elle redoute une implosion hospitalière si on ne traite pas les internes à leur juste valeur.

Europe 1
Par François Coulon, édité par Guillaume Perrodeau