Affaire de pédophilie dans la Nièvre : "Les enfants arrivent à parler quand ils ne sont plus exposés aux violences"

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Le silence des quatre enfants victimes de maltraitance et de viols dans la Nièvre peut s'expliquer par une forme de coma psychique déclenché par les violences, selon la psychiatre Muriel Salmona, interrogée mercredi sur Europe 1.
INTERVIEW

Comment l'horreur a pu durer pendant autant de temps ? Entre 2009 et 2017, cinq hommes et trois femmes sont accusés d'avoir maltraité, agressé sexuellement et violé quatre garçons de 4 à 9 ans, dans la Nièvre. Ils ont été mis en examen pour près de 70 infractions, mardi.

"Très peu de plaintes" pour ces affaires. Pendant huit ans, donc, rien n'a filtré du calvaire vécu par ces enfants. "C'est malheureusement chose courante", a regretté sur Europe 1, mercredi, la psychiatre Muriel Salmona. "Dans l'immense majorité des cas, les situations d'inceste ne sont pas connues. Il y a très peu de plaintes et de signalements. On apprend ce qui s'est passé des années et des années après, et les enfants n'ont jamais été protégés. Dans notre enquête, 83% des personnes victimes ne sont ni reconnues ni protégées."

Le cadre familial comme sanctuaire. Pour la présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie, "il y a souvent un phénomène de tolérance vis-à-vis des comportements violents envers les enfants", de la part des autres habitants. "On ne se mêle pas des affaires de famille et les gens ont du mal à imaginer le pire et l'horreur de ce qui peut se produire. Il y a un manque d'information et de préoccupation, à tous les niveaux", a-t-elle également déploré.

Entendu sur europe1 :
Ils sont tellement traumatisés que leur cerveau met en place un système de sauvegarde exceptionnelle qui va les anesthésier émotionnellement

Un traumatisme trop fort pour libérer la parole ? Si les habitants ne se sont rendu compte de rien, pourquoi les enfants, eux, n'ont-ils pas pu alerter leurs professeurs ou d'autres adultes sur l'horreur qu'ils vivaient ? "Ce n'est pas qu'ils protègent les parents. Ils sont tellement traumatisés que leur cerveau met en place un système de sauvegarde exceptionnelle qui va les anesthésier émotionnellement pour pouvoir survivre." 

Des enfants "déconnectés". D'où des comportements déviants observés chez les enfants. Par exemple, une des institutrices rencontrées par Europe 1 a confirmé qu'un des petits garçons venait débraillé à l'école. "Ils sont complètement déconnectés (...) Ils ne peuvent pas parler." La parole ne se déclenche alors que dans un cadre apaisé : "Le plus souvent, les enfants y arrivent quand ils ne sont plus exposés aux violences ni aux agresseurs", témoigne la psychiatre. "Ils sortent alors d'une forme de coma psychique." Les enfants victimes de ces agissements ont été placés. 

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec