Accident de car de Puisseguin : plus de cinq ans après, l'enquête relancée

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Puisseguin
Le 23 octobre 2015, la collision entre un camion et un autocar avait fait 43 morts à Puisseguin, au sud de Bordeaux. © AFP
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Plus de 5 ans après le drame de Puisseguin, le parquet de Libourne a relancé l'enquête. Le procureur demande formellement au juge d'instruction d'auditionner et de mettre en examen quatre sociétés, ainsi que des personnes physiques pour "homicides" et "blessures" involontaires. Le 23 octobre 2015, la collision entre un camion et un autocar avait fait 43 morts à Puisseguin, au sud de Bordeaux.

Plus de cinq ans après le drame, l'espoir d'"explications" pour les proches de victimes : le parquet de Libourne a relancé l'enquête sur la catastrophe de Puisseguin en 2015, l'un des accidents de car les plus meurtriers avec 43 morts, en réclamant pour la première fois des mises en examen. Le 23 octobre 2015, la collision entre un camion et un autocar avait fait 43 morts à Puisseguin, au sud de Bordeaux, l'accident routier le plus meurtrier en France depuis celui de Beaune, en Côte-d'Or, en 1982 (53 morts, pour la plupart des enfants).

Vers la mise en examen de quatre sociétés ? 

Depuis un an, le dossier prenait le chemin d'un non-lieu alors qu'aucune mise en examen n'avait été prononcée en cinq ans et que le juge d'instruction avait en février 2020 fait savoir aux parties civiles qu'il mettait fin aux investigations.
Il revenait alors au procureur de Libourne Olivier Kern de prendre position sur la suite à donner à un dossier qu'il qualifie lui-même de "hors-norme". Ce qu'il a fait le 6 janvier, au terme d'"une analyse approfondie du dossier" en prenant des réquisitions supplétives aux fins de mises en examen, a-t-il annoncé.

Le procureur demande formellement au juge d'instruction d'auditionner et de mettre en examen quatre sociétés, ainsi que des personnes physiques pour "homicides" et "blessures" involontaires, a-t-il ajouté sans plus de précisions. Le parquet souligne que l'instruction a mis en évidence des "manquements dans le suivi du camion", qui concernent notamment "la révision et des modifications" du semi-remorque. "Après cinq ans d'instruction, nous avons enfin une demande de mise en examen de personnes concernées par l'accident", s'est félicité Antoine Chambolle, avocat de plus de 130 proches de victimes et de trois des huit rescapés de la catastrophe.

"L'instruction n'est pas terminée, une nouvelle phase va commencer et permettra peut-être d'obtenir des explications. De nouvelles investigations vont être effectuées", avant une éventuelle décision du juge de prononcer ou non ces mises en examen, a-t-il ajouté.

"Relancer le débat"

Sur cette petite route de Gironde, le semi-remorque arrivant à 75 km/h s'était déporté sur la gauche au sortir du village de Puisseguin, s'était mis en portefeuille avant de percuter un car de retraités en excursion, venant en sens inverse. Les passagers s'étaient retrouvés pris au piège dans le car rapidement envahi par les flammes et des fumées toxiques, et étaient morts brûlés vifs ou asphyxiés.  En 2017, l'enquête administrative du bureau d'enquêtes sur les accidents de transport (BEA-TT) avait attribué "la cause directe" de l'accident à "une perte de contrôle" dans le virage, du chauffeur du camion, décédé dans l'accident. Le BEA préconisait de renforcer les normes dans les autocars sur la tenue des matériaux au feu, et d'en introduire sur la toxicité des gaz de combustion, soulignant que ces facteurs avaient pu alourdir le bilan.

La colossale enquête judiciaire dirigée par l'unique juge d'instruction de Libourne a toutefois retenu que "les équipements de l'autocar (construit par Mercedes) étaient conformes à la réglementation en vigueur", selon le parquet. La présence d'un réservoir additionnel de gazole installé au dos de la cabine du tracteur routier et non conforme à la réglementation, a également été au cœur des investigations judiciaires. Pour le parquet, des "manquements", d'une part dans l'installation de ce réservoir, et d'autre part, dans le système de freinage de la remorque, sont "autant d'éléments qui du point de vue de la causalité indirecte, ont contribué" au drame.  

"Si la caractérisation de l'infraction risque d'être complexe, la décision du parquet a au moins le mérite de relancer le débat et de demander des comptes aux principaux protagonistes", a estimé Antoine Chambolle.