À Stains, l'arrivée d'un ancien gendarme comme proviseur adjoint crispe lycéens et professeurs

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Des enseignants du lycée Maurice-Utrillo de Stains appellent à la grève lundi pour protester contre l'arrivée d'un ancien cadre de la gendarmerie au poste nouvellement créé de proviseur adjoint chargé des questions de sécurité.

REPORTAGE

La rentrée s'annonce tendue au lycée Maurice-Utrillo de Stains, en Seine-Saint-Denis. Un ancien chef d'escadron de la gendarmerie nationale va endosser le costume de proviseur adjoint, chargé de la sécurité, dans le cadre d'un détachement de trois ans. Un poste créé sur mesure après les violences survenues en mars sur le parvis de l'établissement, où plusieurs élèves et un surveillant avaient été blessés, notamment à coups de marteau. 

Une réponse uniquement sécuritaire. Pour protester contre cette arrivée de ce nouveau chef au profil atypique, les professeurs, qui avaient manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois pour demander plus de moyens, ont choisi de se mettre en grève lundi. "Je ne vois pas ce que pourrait apporter un gendarme, si ce n'est un coup d'éclat du gouvernement qui veut apporter une réponse sécuritaire", juge Benoit Del Torkio, professeur de SVT, au micro d'Europe 1. Comme ses collègues, cet enseignant considère que la sécurité doit être renforcée à l'extérieur du lycée, là où se sont déroulées les violences, et pas à l'intérieur de l'établissement scolaire.

Après ces faits graves survenus en mars, la région avait réagi en installant une nouvelle caméra de surveillance aux abords de cet établissement de 1.300 élèves, situé au milieu de plusieurs cités, et avait rehaussé les grilles d'enceinte.

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Entendu sur europe1 :
Ce n'est pas normal. C'est comme si nous, les élèves, on était dangereux. On est comme les autres

"On veut juste des personnes à notre écoute". L'arrivée de l'ancien gendarme irrite aussi les élèves, qui n'ont de cesse de commenter l'information sur les réseaux sociaux. "Ce n'est pas normal. C'est comme si nous, les élèves, on était dangereux. On est comme les autres", s'agace Emmanuelle au micro d'Europe 1. Pour cette élève de première, cette nomination ne va rien changer au fond du problème. "C'est vrai qu'il manque de la sécurité, mais on peut arranger ça en éduquant les élèves. On veut juste des personnes à notre écoute." Même requête pour Benny, en terminale : "L'année dernière, on n'a pas eu de professeur de physique-chimie pendant deux mois. Disons qu'on est un peu délaissés."

Sylviane, une grand-mère très impliquée dans le quartier, est l'une des rares à voir cette arrivée comme un signal positif et plein d'espoir. Pour elle, l'expérience de l'ancien militaire est justement ce dont a besoin le lycée Maurice-Utrillo. "Parler aux gens, de mettre de la discipline, de faire de la prévention… Ça a été son métier."

Laurent Nuñez se veut rassurant…

Interrogé à ce sujet sur Europe 1, vendredi matin, le nouveau secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a fait part de son incompréhension face à la réaction des enseignants. "Leur inquiétude est totalement injustifiée à mes yeux (…) C'est un proviseur adjoint, il va exercer des fonctions au sein de l'Education nationale. Les relations entre les forces de l'ordre et l'Education nationale existent depuis longtemps et les choses se passent bien", a-t-il déclaré au micro d'Audrey Crespo-Mara, se disant "un peu surpris par ces réactions".