Une vaste méta‑analyse révèle que le bruit d’origine humaine - routes, chantiers, trafic - perturbe profondément les oiseaux, jusqu’à affecter leur reproduction et leur physiologie. Une pression supplémentaire qui s’ajoute à l’agriculture intensive, au climat et à la perte d’habitat.
Les oiseaux du monde entier, déjà fragilisés par l’agriculture intensive, le changement climatique ou la destruction des habitats, sont également fortement impactés par les bruits générés par l’activité humaine. C’est la conclusion d’une vaste étude publiée mercredi dans Proceedings B de la Royal Society.
Une équipe de chercheurs américains a analysé les résultats d’un large ensemble d’études portant sur 160 espèces réparties sur six continents. Leur verdict : “Nous avons trouvé que le bruit d'origine humaine a affecté significativement des attitudes diverses ainsi que la physiologie” et a eu “des effets négatifs importants” sur la reproduction. L’ensemble du cycle est concerné, du succès de l’accouplement à la survie des œufs jusqu’à l’envol des jeunes.
Les effets varient selon les espèces
“Les oiseaux sont très dépendants des informations acoustiques. Ils chantent pour trouver des partenaires, mettent en garde contre les prédateurs et les oisillons appellent leurs parents pour leur dire qu'ils ont faim”, rappelle Natalie Madden, de l’université du Michigan et de l’ONG Defenders of Wildlife. “Donc s'il y a beaucoup de bruit dans l'environnement, comment peuvent-ils entendre les signaux émis au sein de leur propre espèce ?”
Les effets varient selon les espèces : les oiseaux nichant dans des cavités semblent plus touchés dans leur croissance, tandis que ceux vivant en milieu urbain présentent en moyenne des niveaux plus élevés d’hormones du stress.
Un impact qui peut être atténué
Selon l’UICN, 61 % des espèces d’oiseaux étaient en déclin en octobre dernier, contre 44 % en 2016, la perte d’habitat restant la principale cause, sous la pression de l’agriculture ou de l’exploitation forestière. Une étude publiée en 2023 estimait déjà que l’intensification agricole avait entraîné la disparition de près de 800 millions d’oiseaux en Europe depuis 1980.
Les auteurs de l’étude rappellent néanmoins que l’impact du bruit peut être atténué. “Quand on parle de perte de la biodiversité, tellement de choses semblent inexorables et à grande échelle, mais nous savons comment utiliser d'autres matériaux et construire les choses différemment pour bloquer les sons”, souligne Neil Carter, co‑auteur et chercheur à l’université du Michigan.