LA QUESTION SEXO - Je n'ai pas eu de rapports sexuels depuis plus de deux ans, est-ce grave ?

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Dans l'émission "Sans rendez-vous" sur Europe 1, Catherine Blanc, psychanalyste et sexologue, répond à Laurent, un auditeur de 47 ans. Celui-ci raconte qu'il n'a plus de rapports sexuels depuis plus de deux ans et qu'il n'a pas envie d'en avoir à nouveau. Il aimerait savoir si sa situation est grave ou non.

La fréquence des rapports sexuels est souvent sujette à discussion dans la société. Dans l’émission Sans rendez-vous mercredi sur Europe 1, la sexologue et psychiatre Catherine Blanc répond à la question de Laurent, un auditeur de 47 ans. Celui-ci raconte que son dernier rapport sexuel remonte à il y a plus de deux ans. Il n'a pas envie d'en avoir à nouveau, mais se demande si cela est grave.

La question de Laurent

"Je n'ai pas fait l'amour depuis longtemps, deux ou trois ans, et je n'en éprouve même plus l'envie, est-ce grave ?"

La réponse de Catherine Blanc

"C'est un phénomène aussi bien féminin que masculin. Il ne faut pas tomber dans le panneau des idées reçues selon lequel les hommes sont toujours plein de désir et les femmes ne font que l'effort de satisfaire ces messieurs. C'est aussi vrai pour les hommes que pour les femmes. Il y a des moments où tout à coup le désir disparaît, sans que ce soit chez les hommes parfois bousculé par des événements hormonaux, comme chez les femmes.

Est-ce grave ? Non, dans le sens où ce n'est pas une maladie de ne pas avoir de désir et ce n'est pas une nécessité pour vivre d'avoir du désir. Ceci étant, c'est souvent une indication intéressante sur un plan qui pourrait être déprimé. Je n'ai pas d'envies : ni d'envie de plaire, ni de séduire, ni d'être séduit. Cela laisse quand même penser à un rapport à l'autre qui s'éteint. Comme on pourrait dire 'je n'ai pas envie de manger', même si c'est un peu différent parce qu'on a besoin de manger. Mais il y a quelque chose de l'ordre de l'abandon du plaisir de la relation à l'autre et du plaisir par rapport à soi.

Faut-il se forcer un petit peu, comme pour manger ?

La comparaison nourriture et sexualité est une comparaison que j'ai faite moi-même, mais qui n'est pas heureuse. L'une renvoie au besoin, l'autre à la créativité, donc c'est très différent. Or, ce n'est pas parce qu'on ne fait pas l'amour qu'on en perd le sens. Je crois que c'est fondamentalement parce qu'on créé une relation et qu'on est au plaisir de cette aventure que reviennent naturellement l'élan et le désir. C'est pour ça que c'est plus le sujet de la relation qui est à réfléchir, plutôt que celui de la sexualité. Après, il peut y avoir tout de même des désordres. Pour un homme, cela peut être des désordres au niveau de la testostérone, c'est à réfléchir aussi. C'est la testostérone qui est l'hormone du plaisir, aussi bien pour l'homme que pour la femme.

Faut-il vérifier s'il y a un souci médical ?

Oui, mais c'est à lui de voir si c'est un souci. Il ne se sent pas en adéquation avec le reste de son environnement, parce que ce n'est pas ladite norme au sens du plus grand nombre. C'est pour ça que je pose plus la question d'une dépression plus ou moins masquée, peut-être suite à une déconvenue, une rupture...

Une rupture douloureuse peut entraîner une baisse brutale de libido ?

Il y a des gens qui, lors d'une rupture, perdent tout désir : alimentaire, sexuel, de se faire beau ou de rentrer en lien. C'est cela qui serait grave, parce que ça peut amener un côté dangereux : celui d'une sorte de désinvestissement et d'auto-destruction d'une certaine manière. Tous les symptômes peuvent ensuite s'accumuler et cela devient de plus en plus difficile de remonter la pente. Donc ce n'est pas la sexualité qui serait à déplorer en premier lieu, mais ce que ça raconte. C'est pour ça que la sexualité est un sujet intéressant, parce qu'il permet d'évaluer si nous allons bien."

Europe 1
Par Catherine Blanc