ENQUÊTE - Quel avenir pour l'homéopathie en vue de son déremboursement ?

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Comment se porte le marché de l'homéopathie ? Et les consultations et prescriptions ? C'est l'enquête de la rédaction d'Europe 1. 
ENQUÊTE

L'homéopathie ne sera plus remboursée par la sécurité sociale à partir de janvier 2021. L'efficacité de ces petites granules blanches divise vivement la communauté médicale française. Celle-ci n'ayant jamais été prouvée, le gouvernement a tranché et décidé du déremboursement de l'homéopathie. Alors que celui-ci ne sera effectif qu'en 2021, le marché de l'homéopathie en est pourtant déjà bouleversé. 

Les ventes de granules ont en effet commencé à baisser. Boiron, leader du marché, a ainsi enregistré une baisse de 10.5 % de son chiffre d'affaires en France pour le premier semestre 2019. Même constat du côté des pharmaciens : 12% de chiffre d'affaires en moins depuis le début de l'année, d'après pharmastat. Il ne s'agit toutefois pas d'une baisse récente puisqu'elle a déjà commencé en 2018 : -10% de chiffre d'affaires pour les pharmacie. La sécurité sociale a également reconnu qu'elle remboursait moins l'homéopathie depuis l'année dernière. 

Baisse du nombre de médecins homéopathes

Mais alors, comment expliquer cette baisse ? Car la polémique sur l'homéopathie a commencé bien avant que le gouvernement ne décide de son déremboursement cet été. En mars 2018, une tribune véhémente de 124 médecins est publiée dans Le Figaro contre les médecins alternatives, comme l'homéopathie, dont l'efficacité n'a toujours pas été prouvée. 

Par ailleurs, le nombre de médecins homéopathes a diminué, beaucoup sont partis à la retraite récemment. Certains ont même décroché plus tôt que prévu, lassés des attaques venues de toute part, a indiqué le président du syndicat des médecins homéopathes français à Europe 1. Les médecins prescrivant de l'homéopathie n'ont plus le sentiment d'être soutenus ni par les autorités sanitaires, ni par l'Ordre des médecins qui a décidé de ne plus reconnaître le titre de médecin homéopathe.

"Ce n'est pas parce qu'on n'a pas le titre qu'on ne peut pas prescrire"

 

Même les universités ont anticipé le déremboursement de l'homéopathie. Certaines facs ont tout simplement décidé de fermer leur Diplôme Universitaire d'homéopathie, par manque d'inscrits comme à Limoges, Poitiers et Tours, ou parce que le doyen de la fac de médecine ne voulait plus cautionner cette pratique jugée non scientifique, ce qui fut le cas à Lille ou à Angers. Il reste aujourd'hui trois ou quatre formations universitaires, dont un diplôme commun aux facs de Lyon, Brest et Reims. Amandine, 27 ans, qui suit cette formation, se désole de devoir renoncer au titre de médecin homéopathe au milieu de sa formation : "C’est décevant. J’avais surtout peur qu’on n’ait pas le droit de faire la deuxième année. Donc j’étais plutôt soulagée d’avoir un diplôme, même s’il ne sera peut-être pas totalement reconnu. C’est un peu dommage. Mais ce n'est pas parce qu’on n’a pas le titre qu’on peut pas prescrire".

Certaines facs ont toutefois décidé de faire de la résistance. Elles vont proposer pour la rentrée prochaine un nouveau diplôme qui intégrera d'autres médecins alternatives. Un diplôme que l'ordre des médecins pourra reconnaître. Désormais, l'espoir repose surtout sur les patients puisque 63% des Français assurent qu’ils continueront à avaler des granules malgré le déremboursement.  

Europe 1
Par Eve Roger édité par Laura Andrieu

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