Contraints de gagner des places en réanimation, les soignants franciliens à bout de nerfs

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Les services de réanimation dans les hôpitaux franciliens sont débordés. 1:30
Les services de réanimation dans les hôpitaux franciliens sont débordés. © AFP
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Les hôpitaux d'Île-de-France sont saturés et le personnel soignant ne voit pas le bout du tunnel. L'Agence régional santé a demandé aux centres hospitaliers d'augmenter leurs places en réanimation pour atteindre 2.200 lits. Une décision difficile à mettre en place dans les services où près de 50% des opérations dites non-urgentes sont déjà déprogrammées. 

Le système hospitalier francilien sature. Et cela ne s'arrête pas : la région pourrait compter 1.500 malades du Covid-19 en réanimation dès la fin de cette semaine. C'est le branle-bas de combat dans les établissements de santé où les soignants sont au bout de leurs forces. L'Agence Régionale de Santé d’Île de France a demandé aux établissements hospitaliers de renforcer leurs capacités pour atteindre les 2.200 lits en réanimation avec un premier pallier 1.800 lits. Un objectif qui demande toujours plus de sacrifices. 

60% des interventions non-urgentes déprogrammées 

Avec plus de 1.350 patients atteints du coronavirus en réanimation, la région francilienne compte déjà 250 malades de plus qu’au pic de la deuxième vague. Jusqu’à présent, 40% des opérations non urgentes étaient déprogrammées dans les hôpitaux pour faire de la place. Pour atteindre l'objectif lancé par l'ARS, 60% de ces interventions vont être déprogrammées, voire bientôt 80%.

Au centre hospitalier de Melun, au sud de Paris, il y a 52 lits de réanimation, soit 18 de plus que d'ordinaire. Pour parvenir à ce chiffre, l’hôpital a dû déprogrammer plus de 50% des opérations non-urgentes. Un taux inédit selon le docteur Mehran Monchi, chef du service. "On pourrait difficilement aller au-delà puisque les chirurgies qui restent sont des chirurgies qu’on ne peut plus déclarer dans le temps, la marge de manœuvre n’est plus si importante que ça", explique-t-il. 

"On se sent épuisé"

Mais pour ouvrir ces nouveaux lits, il a fallu augmenter la charge de travail des infirmiers. Ils ont maintenant moins de jours de repos, et leurs congés sont annulés. "On a des gardes de 12 heures, on n’a plus de répit en fait. On se sent épuisé, on ne tient plus qu’avec les nerfs je pense", lance une infirmière de l'hôpital de Melun. 

Même son de cloche à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, "le personnel est épuisé", souffle le professeur Bertrand Guidet, chef du service réanimation. "Quand je leur demande de faire des efforts, de faire des heures supplémentaires, de modifier leur planning pour ouvrir des lits supplémentaires, c'est très, très compliqué", ajoute-t-il. 

Une pression hospitalière élevée sur tout le territoire

Le problème, c’est que l’Île-de-France ne pourra pas compter autant sur les renforts d’autres régions que lors de la première vague. Et pour cause, la pression hospitalière est élevée sur tout le territoire. Quelques étudiants sont tout de même venus prêter main forte, mais leur formation représente une charge de travail supplémentaire. "Faut leur remontrer comment on s’organise, comment on gère les patients. Il faut être là pour les aider pendant un long moment", explique Nesrine, infirmière à Melun. "Pour avoir de l'expérience en réanimation, c'est long", ajoute-t-elle. 

La Direction générale de la Santé recense tout de même le personnel dans chaque région pour voir si des soignants qualifiés pourraient venir prêter main forte aux hôpitaux franciliens. Mais tous savent qu'ils vont devoir tenir à ce rythme-là encore un mois avant de voir, éventuellement, les effets des nouvelles mesures du gouvernement. 

Europe 1
Par Victor Dhollande et Joanna Chabas, édité par Manon Bernard