De peur de devoir déprogrammer des opérations, les médecins de l'AP-HM ont appelé les Français à se faire vacciner. 5:46
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Clément Perruche , modifié à
Alors que leurs services de réanimation continuent de se remplir, 500 médecins de l'AP-HM (Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille) ont publié ce lundi une tribune dans "La Provence" pour appeler les Français à se faire vacciner. Les praticiens redoutent de devoir une nouvelle fois déprogrammer massivement des opérations.

Le mois de janvier va être "difficile à l'hôpital", a affirmé Olivier Véran, le ministre de la santé, au micro de France Inter ce lundi matin. Alors que le mois de janvier vient à peine de commencer et que le raz-de-marée Omicron continue sa progression, dans les services hospitaliers, la situation est déjà critique. 500 médecins de l'AP-HM (Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille) ont d'ailleurs signé ce lundi une tribune dans La Provence pour appeler les Français qui ne sont pas encore vaccinés à aller recevoir les doses qui leur manquent. 

"Le message qu'on dit c'est : 'il faut nous faire confiance, il faut vous faire vacciner, sinon nous, de notre côté, on n'y arrivera pas'", explique Jean-Luc Jouve, chirurgien orthopédique à l'hôpital de la Timone à Marseille et signataire de la tribune. L'établissement a déjà déprogrammé 70% des opérations pour faire face à la vague Omicron.

"On ne juge pas du tout les gens qui ne souhaitent pas se faire vacciner. Ce qu'on leur dit, c'est que sans vaccin, on va être débordé. On pourrait éviter des formes graves, on pourrait éviter qu'il y ait des lits de réanimation qui soient bloqués pendant quinze jours, trois semaines, jusqu'à soixante jours. Cela permettrait d'opérer beaucoup plus de gens. Imaginez quelqu'un qui bloque un lit soixante-cinq jours. Un [patient] post-opératoire a besoin de deux jours de réanimation. Donc c'est autant d'annulations qui sont faites pendant ce temps-là", continue le chirurgien.

Des déprogrammations en perspective

Ce lundi 3 janvier, environ 3.500 patients Covid se trouvaient en réanimation. C'est deux fois moins que lors du pic de la première vague. Mais selon Philippe Amouyel, épidémiologiste et professeur de santé publique au CHU de Lille, il ne faut pas prendre ce chiffre à la légère. "Il faut se rappeler ce qu'était le pic du premier confinement, c'est-à-dire un arrêt complet de la France et des hôpitaux qui ne travaillaient que sur le Covid. Il faut que la vie continue, que les gens qui ont besoin de soins puissent être pris en charge. Et même si les taux ne paraissent pas élevés par rapport à la première vague, les patients Covid occupent quand même plus de la moitié des lits. D'où l'importance du risque avec l'accumulation des cas de virus Delta qui sont actuellement dans les lits et de potentiels futurs cas d'Omicron."

Selon plusieurs études, il faudra attendre la mi-janvier pour voir un déclin du taux d'occupation des lits d'hôpitaux. "Ce sont des données qui viennent des projections de l'institut Pasteur dans un contexte avec plusieurs hypothèses : une moins grande gravité du virus Omicron et surtout le fait que les français mettent en œuvre une réduction de 20% de leurs contacts. A ce prix-là, on arrivera à un pic mi-janvier et on évitera peut-être la saturation hospitalière liée à Omicron", a expliqué l'épidémiologiste au micro d'Europe 1.

"On dit qu'il faut 5 à 10 % de la population sensible et non vaccinée pour faire une vague. C'est à peu près ce qui reste comme patients non vaccinés si on ne prend pas en compte les enfants. Dans tous les cas, il faut continuer à se vacciner", a-t-il rappelé.