Comment stimuler son cerveau ? Voici des gestes simples à appliquer dès cet été

  • A
  • A
Le pire ami du cerveau, c'est de ne pas s'en servir.
Le pire ami du cerveau, c'est de ne pas s'en servir. © TeroVesalainen / Pixabay
Partagez sur :
Pendant les vacances, l’heure est à la relaxation. Mais il est aussi possible, sans changer nos plans, d’entraîner notre cerveau et notre mémoire.
INTERVIEW

L’été s’installe sur la France, et les "juillettistes" arrivent déjà sur leur lieu de congé. Pour la plupart d’entre nous, les "grandes vacances" sont l’occasion de déconnecter, de se détendre, décompresser. Mais sans remettre en cause cette ambition, il est aussi possible d’en profiter pour stimuler notre cerveau et notre mémoire avec quelques gestes simples, qui pourraient même devenir de nouvelles habitudes à la rentrée. Comment ? Nous avons demandé au professeur Philippe Amouyel, spécialiste du cerveau, directeur général de la Fondation Alzheimer et auteur d’un Guide anti-Alzheimer, invité du magazine santé d’Europe 1.

L’été, souvent, les habitudes alimentaires changent. Y a-t-il des aliments qui font du bien au cerveau ?

Le régime méditerranéen, ou régime crétois, est le seul pour lequel on a des études scientifiques. Il permet notamment de remplacer les autres graisses par celles de l’huile d’olive, une graisse qui va vous apporter un tas d’excellentes choses. Votre cerveau, c’est essentiellement de la graisse, il faut le savoir.

Il y a aussi les fruits, les légumes de saison… Tout ce qui peut apporter des vitamines.  Y compris les surgelés, les gens peuvent pas aller au marché tous les jours. L’idée est d’être pragmatique.

Entendu sur europe1 :
Le cerveau, le pire qu’il puisse lui arriver, c’est qu’on ne s’en serve pas

Pour l’apéritif, il s’agit de retenir que tout ce qui est bon pour le cœur est aussi bon pour le cerveau. Essayez les amendes, les noix, les graines en tous genres (non salées, c’est important), les olives, des petits légumes et éventuellement quelques jus de fruit.

Et l’alcool ?

Le cerveau a trois ennemis : le tabac, l’alcool, et les drogues quelles qu’elles soient. Avec l’alcool, par exemple, tout l’enjeu est de dire aux gens, dans notre contexte culturel, de modérer la consommation. Le problème, c’est que personne n’a jamais expliqué comment boire avec modération. Il y a pourtant quelques astuces. À table, par exemple, on se rend souvent compte qu’il n’y a jamais de verre vide lorsqu’il y a une bouteille de vin. Toujours, quelqu’un vient vous le remplir. L’astuce serait de toujours le laisser à moitié plein. Puis buvez-le par exemple comme les goûteurs, sans l’avaler.

Quid des compléments alimentaires ?

À partir d’un certain âge, on a un peu tendance à manger toujours la même chose. On peut donc prendre des vitamines pour aider. Mais pour ceux qui ont une alimentation variée, il n’y en a pas besoin.

Concernant les activités, dans votre Guide anti-Alzheimer, on lit que les mots-croisés sont plus efficaces que le Sudoku… Pourquoi ?

Quand vous faites des Sudoku, vous ne travaillez qu’une partie du cerveau, celle du calcul. Toutes les associations qui peut y avoir avec les mots vous ne les avez pas, contrairement aux mots-croisés. Les Sudoku c’est bien, mais il faut faire autre chose. Un outil particulièrement remarquable, c’est de lire, lire, lire. Ce que vous voulez, même les magazines, car cela stimule le cerveau. Cela fait faire des associations, vous parlez dans votre tête, cela stimule énormément de zones. C’est vraiment le sport le plus complet pour le cerveau.

Ce qui est important aussi, c’est de sortir de sa zone de confort. Si vous êtes droitier, servez-vous par exemple de votre bras gauche pendant 15 minutes. Le cerveau adore les challenges, il va consommer beaucoup d’énergie, faire des connexions, jusqu’au coup d’après où vous le ferez bien. Apprendre une nouvelle langue stimule aussi extrêmement bien le cerveau. Selon une étude canadienne, quelqu’un qui parle anglais et français a moins de risques de développer Alzheimer que quelqu’un qui ne parle qu’anglais. Le cerveau, le pire qu’il puisse lui arriver, c’est qu’on ne s’en serve pas.

Et les jeux ? Quels rôles ont-ils ?

Certains jeux-vidéos permettent par exemple d’améliorer certaines fonctions. Je pense au jeu "neuroracer', où il s’agit de suivre une voiture et d’attraper des petits distracteurs. Cela permet de faire plusieurs choses en même temps. Cela pourrait être un peu la même chose avec Mario Kart.

Entendu sur europe1 :
La relation sociale est le plus grand stimulateur du cerveau

L’idée est de pratiquer aussi tout ce qui va conserver le lien. Faire jouer les grands-parents à la console, cela fera beaucoup de bien à tout le monde. Les petits enfants seront en rapport avec les grands-parents, et les grands-parents pourront stimuler leur cerveau.

Dans les jeux de société également, ce qui stimule le cerveau, c’est la relation sociale. C’est le plus grand stimulateur du cerveau. On se rend compte par exemple qu’en couple, on a deux fois moins de risques de développer un Alzheimer. Et le jeu de société est un vrai petit monde en soi. Pendant une heure ou deux, on va vivre dans une espèce d’espace social où tous les coups sont permis, où vous pouvez gagner des choses ou perdre des choses, où les passions vont se déchaîner. Vous voyez vos amis, vous apprenez de nouvelles choses, vous stimulez votre cerveau.

Que faire si l’on est une personne isolée ?

Il est important de cultiver son optimisme. Oui, ça se cultive. Parlez au gens, souriez-leur, allez au devant d'eux. Pourquoi ne pas vous inscrire aussi dans des clubs (de bridge, de sport…) ? Ça a l’air banal et désuet mais ce sont des lieux importants pour stimuler du lien social.

 

Cette nonne qui a résisté à Alzheimer

Au micro d’Europe 1, Philippe Amouyel évoque également une étude menée aux Etats-Unis depuis les années 80. Et ses conclusions sont étonnantes. "Dans les années 80, des chercheurs américains ont commencé à étudier une communauté de nonnes. Elles ont accepté d’être suivies jusqu’à la fin de leur vie et de donner leur cerveau. L’une de ses religieuses est décédée à 98 ans, en pleine forme. Elle donnait des cours de maths à des enfants, à ses coreligionnaires. Pourtant, on s’est rendu compte qu’elle avait le cerveau chargé de lésions d’Alzheimer. Elle aurait dû avoir des troubles des fonctions intellectuelles. On s’est donc rendu compte que l’on pouvait résister à la maladie", raconte le professeur. Et de poursuivre : "Dans les pays développés, la fréquence de cas de maladie d’Alzheimer diminue un peu. On pense qu’il y deux grands facteurs, particulièrement le niveau d’éducation et la durée d’éducation".