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Audition : les Français dans le déni

Ce refus d'accepter la baisse de l'audition ne concerne pas uniquement les seniors. [© kalhh / pixabay]

Hocher la tête, sourire ou répondre à côté pour masquer une perte d'audition...  Selon une étude Audika avec OpinionWay, 7 Français sur 10 ont déjà feint de comprendre une conversation. Derrière ce réflexe se cache un tabou persistant qui pousse de nombreuses personnes à repousser le dépistage, au détriment de leur santé.

Qui n'a jamais fait semblant de comprendre une phrase pour cacher un problème d'audition ? Si le geste fait sourire, il traduit une réalité beaucoup plus profonde. En France, le non-recours au dépistage et à l'appareillage ne relève pas d'un manque d'accès aux soins, mais d'une véritable gêne psychologique. Pour beaucoup, admettre que l'on entend moins bien reste une étape difficile à franchir.

L'appareil auditif associé à la vieillesse

Dans la cabine d’un centre auditif, Anne-Claude vient de passer un test d'audiométrie. Le constat tombe : elle n’entend plus les fréquences aiguës. Pourtant, pour cette retraitée, l'idée de porter des prothèses auditives est exclue. "Ça représente la vieillesse. C’est comme une canne ou marcher avec un déambulateur", confie-t-elle, sous le choc des résultats. "Dans mon quotidien, j’ai pas l’impression d’avoir ce problème-là."

Ce refus d'accepter la baisse de l'audition ne concerne pas uniquement les seniors. Le déni touche massivement les jeunes de 18 à 24 ans, souvent exposés à des volumes sonores élevés (concerts, écouteurs). Près de 70 % d'entre eux admettent éprouver des difficultés d'audition mais préfèrent ruser plutôt que de consulter. 

Joséphine, étudiante en psychologie, utilise régulièrement cette stratégie de contournement : "Je vais utiliser la technique que tout le monde utilise : rigoler un petit peu comme si on avait compris, puis après passer à autre chose."

Un retard de diagnostic lourd de conséquences

Ce réflexe de dissimulation, s'il permet de sauver la face en société, comporte des risques majeurs pour la santé cognitive. Un laps de temps beaucoup trop long.

"La perception des sons va se dégrader naturellement, mais c'est surtout la compréhension des mots qui en pâtit", alerte Julien Balbi, audioprothésiste. "Attendre trop longtemps avec une perte d'audition, même en utilisant ensuite de très bons appareils, le risque est que la compréhension se dégrade définitivement."

Au-delà des conséquences neurologiques, le spécialiste rappelle que le véritable danger de ce déni reste l’isolement social : à force de ne plus pouvoir suivre les conversations, les personnes malentendantes finissent par s'isoler d'elles-mêmes.