TÉMOIGNAGE EUROPE 1 - Retraites : le domicile des parents d'une députée LREM bloqué par des manifestants

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Anne-Laure Cattelot 1:27
La députée LREM Anne-Laure Cattelot © JACQUES DEMARTHON / AFP
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Le domicile des parents de la députée LREM Anne-Laure Cattelot a été pris à partie jeudi, dans le Nord : des opposants à la réforme des retraites ont manifesté devant leur maison. Sur Europe 1, elle dénonce "un acte d’une grande violence".
INFO EUROPE 1

24 heures après les annonces d'Edouard Philippe sur la réforme des retraites.... les représailles ? Le domicile des parents d'une députée LREM a été "assiégé" jeudi, dans le Nord : des opposants à la réforme des retraites ont manifesté devant leur maison. Sur Europe 1, la députée Anne-Laure Cattelot dénonce cette forme d'intimidation.

"Une quarantaine de manifestants, des syndicalistes mais aussi des gilets jaunes, sont venus bloquer une partie de la départementale devant chez mes parents et l’entreprise familiale gérée par ma sœur. Ils se sont également introduits à l’entrée de l’entreprise et ont bloqué les barrières de l’entreprise avec des véhicules. Ils sont venus sur une propriété privée avec des propos violents, vindicatifs. Ils ont interpellé plusieurs salariés en direct afin de les appeler à rejoindre le mouvement.

C’est un acte d’une grande violence, par le fait qu’il m’atteint à titre personnel par le biais de ma famille. C’est une action je pense inédite de la part d’un syndicat. Je crois que ça n’est jamais arrivé de franchir cette barrière qui n’est pas celle de ma permanence parlementaire, et qui n’est même pas celle de mon propre domicile.

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C’est extrêmement douloureux, vous recevez un appel avec un ton d’urgence

Ceux qui ont été identifiés sur place par des salariés sont des personnes de l’union locale de la CGT, des personnes syndiquées CGT-Cheminots, des personnes SUD-Rail et une poignée de Gilets jaunes qui les accompagnaient.

C’est extrêmement douloureux quand vous recevez un appel un peu avec un ton d’urgence et de la panique. Une incapacité à savoir ce qu’il faut faire à ce moment, parce que c’est inédit. Les gendarmes sont ensuite arrivés pour venir contenir et dialoguer avec les manifestants et les déloger de ce lieu pour qu’ils puissent se diriger vers la manifestation, qui elle était prévue, à savoir devant la sous-préfecture d’Avesne-sur-Helpe et la rencontre avec le sous-préfet que les manifestants avaient sollicités.

C’est la première fois qu’on s’introduit dans ma sphère privée. Moi, ce qui m’a surtout choquée, c’est qu'autant il y a un an il y avait une espèce de chaos qui demeurait dans l’état du pays, avec des gens qui sortaient de leurs gonds à titre privé, qui bloquaient, qui interpellaient. Là, on est quand même sur des personnes qui ont un mandat syndical, qui, je pense, connaissent les méthodes du dialogue social, que ce soit un dialogue social constructif ou de confrontation, mais en tout cas ils connaissent les méthodes.

Moi ce qui me marque dans tout ça, c’est que, au fond, ils sont élus, eux aussi. Ils sont élus pour défendre leurs valeurs, leur choix de société, mais ils sont élus. Ils devraient comprendre que leur mandat, leurs décisions, elle ne doit pas rejaillir sur leurs proches. On n’a pas la même pensée politique, on n’a pas forcément la même appartenance politique que ses parents, que ses frères et sœurs.

Entendu sur europe1 :
Comment on peut se dire ‘bien sûr, c’est évident, on va l’attaquer'?

On arrive à l’aune des fêtes de Noël, ça sera des moments de débat, parce que justement on ne pense pas la même chose. Donc je ne comprends pas comment ça peut mûrir dans la tête des syndicalistes qui sont venus manifester devant chez mes parents et ma sœur, comment on peut se dire ‘bien sûr, c’est évident, on va l’attaquer, de toute façon ce sont des gens qui pensent pareil, etc.’

Je ne les juge pas comme tel, et je souhaite sincèrement à tous les responsables syndicaux de ne jamais avoir à craindre pour leurs proches. Qu’on soit libre dans ce pays d’exercer un mandat politique ou syndical. Je trouve ça normal, je pense que c’était le cas jusqu’alors, et par contre je suis très inquiète quand je vois la dérive en cours.

Pour le moment, nous n’avons pas décidé de porter plainte. J’attends de voir s’il y a des réactions et des condamnations unanimes de la classe politique et de la classe syndicale. Si je vois que la réaction est absolument décevante, je pense qu’effectivement nous le ferons. Ils ont franchi une vraie ligne rouge à ce moment-là et je pense que les faits locaux engagent aussi les responsables nationaux. A ce moment-là, ils doivent dire à leur base ‘non, ça ne se fait pas’. On peut manifester, on peut détester le gouvernement, on a le droit, mais on n’a pas le droit de faire ça. Ce n’est pas légal, ce n’est pas moral, ce n’est pas éthique".

Europe 1
Par Aurélie Herbemont