Qui pourrait remplacer François Fillon ?

Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nicolas Sarkozy... plusieurs noms circulent pour remplacer François Fillon en cas de désistement.
Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nicolas Sarkozy... plusieurs noms circulent pour remplacer François Fillon en cas de désistement. © DOMINIQUE FAGET AFP
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Si jamais le candidat à la présidentielle devait être forcé de se retirer, plusieurs noms circulent pour représenter la droite à sa place. 

Mercredi matin encore, personne ne l'envisageait officiellement. "François Fillon est le seul plan. Il n'y a pas de plan A ni de plan B, il y a un plan F, c'est François Fillon", avait tonné Gérald Darmanin, secrétaire général adjoint des Républicains, sur Europe 1. En dépit de la tempête qui s'abat sur leur candidat, englué dans une affaire de détournement de fonds publics, soupçonné d'avoir fourni à sa femme Penelope des emplois fictifs comme collaboratrice parlementaire et auteure à la Revue des Deux Mondes, les responsables LR ne voulaient pas entendre parler retrait, désistement et remplacement. "Un plan B serait délirant, on gagne avec Fillon ou on perd avec Fillon", appuyait un membre de l'équipe du vainqueur de la primaire.

Cette belle unité à droite a fait long feu. Philippe Gosselin, député de la Manche, a ouvert une brèche dans la matinée. Le plan B, "c'est toujours y penser, jamais en parler", a-t-il avoué sur LCP. "On ne pourra pas empêcher d'avoir des idées et des noms qui circulent. Et il y a certains noms qui s'imposent plus que d'autres".

Au fil des heures, l'élu prend de moins en moins de pincettes. Tant et si bien qu'en début d'après-midi, Philippe Gosselin lance "un appel à Alain Juppé pour qu'il réfléchisse à la possibilité de prendre le relais de François Fillon". Et demande à ce dernier de se poser la question de son retrait, arguant que "gouverner, c'est prévoir". Georges Fenech, député du Rhône, enfonce le clou dans les médias. "La situation n'est plus tenable. Nous ne sommes plus sur le registre de la justice mais de l'éthique." Pour l'instant, pas question de faire un putsch. Mais François Fillon l'a dit lui-même : il ne sera pas candidat s'il est mis en examen. "On a 15 jours à tenir", a plaidé le candidat devant ses troupes parlementaires lors d'une réunion, mercredi matin. "Car on sait que dans les 15 jours qui viennent, on aura les résultats de cette enquête." En attendant, nombreux sont ceux qui font déjà la liste des potentiels remplaçants.

Le plan J comme Juppé

Un retour du maire de Bordeaux est-il envisageable ? Après tout, Alain Juppé est arrivé second à la primaire de la droite. Beaucoup considèrent qu'il a la stature de l'emploi. Mardi soir, Luc Ferry, ancien ministre de l'Education nationale de Jacques Chirac, s'est fendu de quelques tweets pour soutenir cette position. "Sans le retour de Juppé, la droite ne sera pas au second tour", explique-t-il. "Qu'on le veuille ou non, Juppé est désormais le seul en France à être certain de battre Le Pen", parce qu'il a fait montre, pendant la campagne de la primaire, de sa volonté de rassembler la droite et le centre. "Il n'y en a qu'un qui soit crédible, c'est Juppé", abonde un poids lourd de la campagne du maire de Bordeaux auprès de France 2.

Si Alain Juppé a fait deuxième, c'est tout de même qu'il a perdu. Et nettement. En ne lui accordant que 33,5% des voix au second tour, l'électorat de droite a montré qu'il préférait la ligne dure de François Fillon aux appels du pied vers le centre. Plus de 4,4 millions de personnes se sont exprimées. "Les électeurs se sont prononcés de la façon la plus claire", a d'ailleurs admis le maire de Bordeaux lui-même vendredi, au micro de France Bleu. "Je n'ai pas du tout l'intention de me lancer dans une opération de repêchage." En outre, Alain Juppé a été condamné par la justice en 2004. Certes, l'ancien Premier ministre a payé pour sa faute depuis. Mais investir un candidat qui a déjà trempé dans une affaire d'emplois fictifs pour remplacer au pied levé un candidat mouillé dans une affaire d'emplois fictifs n'est peut-être pas le plus judicieux en termes d'image.

L'énième retour de Nicolas Sarkozy

Forcément, certains pensent à lui. Il a l'expérience de la fonction et des retours en politique, lui qui a réussi à reprendre la tête des Républicains deux ans après avoir promis de quitter la scène. Ses proches, pourtant, assurent qu'il "veut vraiment se détacher tout ça". Et lui demande à ses fidèles de ne "pas gêner la campagne de François Fillon".

Là encore, ce plan B semble difficilement viable. Nicolas Sarkozy a été sèchement battu dès le premier tour de la primaire, véritable désaveu pour un ancien président. En outre, il est lui-même impliqué dans plusieurs affaires, notamment celle du financement illégal de sa campagne en 2012. François Fillon en avait d'ailleurs fait un angle d'attaque contre lui pendant la primaire.

L'option Gérard Larcher

Proche historique de François Fillon, Gérard Larcher est aussi président du comité politique des Républicains. Mais surtout, il est président du Sénat. Ce qui en fait institutionnellement le deuxième homme le plus haut placé de la République, celui qui "exerce provisoirement les fonctions" présidentielles en cas de "vacance de la présidence de la République pour quelque cause que ce soit".

Le problème, c'est d'abord que le principal intéressé…n'est pas intéressé. Remplacer le président de la République en cas de vacances du pouvoir, d'accord. Remplacer le candidat à l'Élysée, pas vraiment, fait savoir son entourage.

Le plan B comme Bertrand…

Les fillonistes eux-mêmes pourraient regarder du côté du président de la Région Haut-de-France en cas de coup dur. "Bertrand, il ne dit rien et il ne bouge pas une oreille", témoigne ainsi un sénateur dans les colonnes du Parisien. "Mais c'est sûr qu'il y pense, forcément." L'élu peut se prévaloir d'une victoire sur Marine Le Pen aux régionales. Mais aussi d'un positionnement à droite moins radical que celui de François Fillon, probablement plus propice au rassemblement. Pendant les régionales, le coup de gueule qu'il avait poussé contre les politiques coupés du monde à Paris lui avait également permis de se forger une image d'homme de terrain, proche de ses administrés.

Xavier Bertrand, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, ne s'est pas lancé dans la course à la primaire. Difficile pour les "petits" du scrutin, comme Bruno Le Maire ou Nathalie Kosciusko-Morizet, ainsi que leurs soutiens, d'accepter de se faire doubler dans la dernière ligne droite et sans vote par des personnalités qui n'ont même pas livré bataille.

…ou comme Baroin

L'ancien ministre du Budget a participé à la primaire via Nicolas Sarkozy, avec lequel il formait un "ticket". Pourrait-il jouer un rôle de premier plan en cas d'empêchement de François Fillon ? Certains l'espèrent, lui se pose la question. "Il a commencé à s'activer très discrètement en fin de semaine dernière, en approchant quelques parlementaires pour les sonder sur cette hypothèse", indique un député francilien au Parisien. François Baroin a pour lui d'incarner la nouvelle génération de quinquagénaires chez LR. Et son orientation dans le sillage de Jacques Chirac pourrait permettre de rassembler à droite.

Pour l'instant, François Baroin reste dans les clous. "On doit faire bloc autour de François Fillon", a-t-il commenté mercredi.

Et si c'était Pécresse ?

Elle est à la tête de la région Île-de-France, arrachée des mains des socialistes en 2015. Valérie Pécresse aussi pourrait être un substitut crédible à François Fillon. Sans compter qu'une femme, par ailleurs pas encore quinquagénaire, dépoussiérerait un peu une candidature de droite.

Mais Valérie Pécresse n'est pas en odeur de sainteté chez les fillonistes. Elle, la fidèle du Sarthois, avait réservé son soutien pour la primaire, ne l'accordant qu'à trois semaines du premier tour à Alain Juppé. Une petite trahison que personne n'a oubliée dans l'entourage du candidat.

L'hypothèse Wauquiez

Comme pour Baroin2017.fr et Bertrand2017.fr, Wauquiez2017.fr a récemment été déposé comme nom de domaine. Le premier vice-président des Républicains a-t-il une chance d'être appelé ? Lui aussi fait partie de la jeune garde républicaine qui pourrait faire face à un Benoît Hamon ou un Emmanuel Macron.

Mais ce sarkozyste de la première heure est loin, très loin de faire l'unanimité au sein des Républicains. Alors que son attitude –menaçante envers François Fillon après la victoire de ce dernier- comme ses idées de la droite décomplexée sont très décriées, on imagine mal comment il pourrait convaincre son propre camp qu'il est le plan B idéal.

 

Une deuxième primaire ?

Tout remplacement au pied levé sera compliqué à mettre en place. "Une primaire n'est presque pas faisable, cela demanderait six semaines. Et puis cela a déjà été fait", note le politologue Alain Duhamel. Rien n'est prévu dans les statuts du parti pour faire face à une telle situation. La solution serait alors "un congrès extraordinaire ou, au vu des circonstances exceptionnelles, une décision du bureau politique par consensus".