"Le Parlement n’aime pas les révisions constitutionnelles quand il n’y gagne pas quelque chose"

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Le constitutionnaliste Olivier Duhamel explique mercredi matin sur Europe 1 pourquoi la majorité aura du mal à mener à bien sa révision constitutionnelle. Notamment parce qu’elle veut réduire le nombre de parlementaires.
INTERVIEW

Emmanuel Macron parviendra-t-il à faire adopter sa réforme constitutionnelle ? Rien n’est moins sûr, alors que le texte, remanié, est présenté mercredi en Conseil des ministres. Car si l’Assemblée, très majoritairement acquise au président de la République, ne posera pas de problème, du côté du Sénat, ça bloque.

"Le Parlement n’aime pas les révisions constitutionnelles quand il n’y gagne pas quelque chose... et encore moins quand il pense y perdre quelque chose", résume d’une formule le constitutionnaliste Olivier Duhamel, invité mercredi de la matinale de Matthieu Belliard, sur Europe 1.

Pour rappel, une révision constitutionnelle, pour être adoptée, nécessite l’approbation des trois cinquièmes des 925 parlementaires du pays. Depuis son adoption en 1958, la Constitution a déjà été modifiée à 24 reprises. Mais là, la majorité a un problème politique arithmétique. "Sur 348 sénateurs, La République en marche, ils sont 23", rappelle Olivier Duhamel. "Les Républicains, ils sont 145. Donc si vous n’avez pas un accord avec une partie de la droite, vous ne pouvez pas y arriver", explique le politologue. En clair, pour rallier un nombre suffisant de sénateurs de droite - et notamment le très influent président du Sénat Gérard Larcher -, il faut que sur le fond, la réforme leur plaise.

"La réduction du nombre de mandats consécutifs, ils n’aiment pas du tout, du tout, mais pas du tout !"

Et là, ce n’est pas gagné. Pourtant, "il y a plein de choses qui plaisent ou qui ne dérangent pas : la présence des anciens présidents de la République au Conseil Constitutionnel, la suppression de la Cour de justice de la République, qui ne marche pas. Des choses assez simples, consensuelles", assure Olivier Duhamel. "Là où ça bloque, c’est quand on veut réduire le nombre de sénateurs ou de députés, çà ils n’aiment pas. Parce que il y en a moins d’entre eux qui seront réélus, rien que pour ça", précise le constitutionnaliste, animateur de Mediapolis, le samedi à 10 heures sur Europe 1. "Il y autre chose qu’ils n’aiment pas, c’est la réduction du nombre de mandats consécutifs. Ils n’aiment pas du tout, du tout, mais pas du tout !", martèle le politologue.

C’est donc sur ces deux points que la majorité devra faire des concessions pour tenter de rallier un nombre suffisant de sénateurs à sa cause. Le hic, c’est que la réduction du nombre de parlementaires et la limitation du nombre de mandats consécutifs sont plébiscités par l’opinion publique. Cette révision constitutionnelle a donc tout de l’équation insoluble pour Emmanuel Macron et ses troupes.