Interdire les manifs anti-racistes ? "Oui, il y a d'autres moyens pour partager une émotion", estime Retailleau

, modifié à
  • A
  • A
Bruno Retailleau 1:21
Interdire les manifs anti-racistes ? "Oui, il y a d'autres moyens pour partager une émotion", estime Retailleau © Europe 1
Partagez sur :
Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée et président du groupe LR au Sénat, est l'invité d'Europe 1, notamment pour réagir sur les manifestations anti-racistes. "En plein confinement, les Français ont voulu montrer leur attachement à l'héroïsme du personnel soignant, ils ne sont pas descendus dans la rue. Ils ont applaudi à leur balcon", explique-t-il. 
INTERVIEW

En France, et à l'international, la mort de George Floyd, étouffé sous le genou d'un policier blanc, a déclenché une vague de protestations. Les manifestations se multiplient pour dénoncer les violences et le racisme observés au sein des forces de l'ordre, y compris en France, où la mort d'Adama Traoré suscite colère et interrogations. De nouveaux rassemblements sont prévus samedi partout dans l'Hexagone, malgré l'interdiction de regroupement à plus de dix personnes sur la voie publique. Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée et Président du groupe LR au Sénat, réagit jeudi sur Europe 1.

La règle de droit face à l'émotion

Pour l'homme politique, il faut interdire ces manifestations. "En plein confinement, les Français ont voulu montrer leur attachement à l'héroïsme du personnel soignant, ils ne sont pas descendus dans la rue. Ils ont applaudi à leur balcon. Il y a d'autres moyens pour partager une émotion, et il est vrai qu'il y a une émotion légitime quand on voit comment cet afro-américain a été tué", explique-t-il. 

"Un Français risque 135 euros d'amende lorsqu'il est réuni avec plus de 10 personnes donc personne n'y comprend rien. Christophe Castaner, qui est chargé du respect de l'ordre, est en train de dire que ce qui est important, c'est l'émotion. Et que l'émotion est supérieure à la règle de droit. Et ça, c'est la guerre civile aussi", s'agace-t-il. 

Il dénonce les attitudes du ministre de l'Intérieur, "qui lâche la police et la gendarmerie", ainsi que l'attitude de la ministre de la Justice, Nicoles Belloubet, qui propose une rencontre avec la famille d'Adama Traoré, alors que des juges sont en train d'enquêter. Dimanche, il attend de l'allocution du chef de l'Etat, Emmanuel Macron, un discours "de fermeté". "Il y a une démission de l'autorité de l'Etat quand l'Etat lui-même dit : 'la règle de droit peut-être bousculée par la simple émotion". 

"Ils veulent nous imposer une guerre des races"

S'il comprend l'émotion autour de la mort de George Floyd, le sénateur LR se refuse à tout parallèle entre les Etats-Unis et la France. Hors de question pour lui de poser un genou au sol pour rendre hommage à ce dernier. "Je ne me sens pas coupable, la France n'est pas coupable de racisme", affirme Bruno Retailleau. "Il y en a marre de ces injonctions qui voudraient que chaque matin, on puisse se battre la coulpe (...) de repentance perpétuelle." 

A l'occasion de certaines marches, des statues de figures historiques controversées ou symbole esclavagiste ont été déboulonnés. Le geste a profondément choqué le sénateur LR. "Quand on commence à s'attaquer à la culture et aux statues, c'est très mauvais signe", lâche-t-il. "Ces gens là ne luttent pas contre le racisme mais ils veulent renverser l'ordre de priorité. Et ils veulent nous imposer une guerre des races. Ils voudraient que la France, comme aux Etats-Unis se communautarise et qu'on assigne chaque Français à sa couleur de peau. Je ne veux pas de cette société parce que c'est notre modèle républicain universaliste". 

"On voit bien que la société française a des fractures. Si demain on ajoute à nos fractures cette espèce de lutte des races, les jeunes contre les vieux, la lutte des femmes contre les hommes ou des hommes contre les femmes, mais où-va-t-on ?", s'interroge Bruno Retailleau. 

Europe 1
Par Mathilde Durand