Européennes : la jeunesse au pouvoir, effet de mode ou véritable renouveau ?

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© AFP
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La plupart des têtes de liste annoncées pour les élections européennes du 26 mai ont à peine 30 ans.

La jeunesse semble sur le point de prendre en main la campagne des européennes. Ces dernières semaines, des personnalités quasi-inconnues du grand public, nées à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, se sont vues propulsées têtes de liste à l'approche du scrutin du 26 mai : Manon Aubry, (29 ans, pour La France Insoumise), Jordan Bardella, (23 ans, pour le Rassemblement National), François-Xavier Bellamy, (33 ans, pour Les Républicains), ou encore Ingrid Levavasseur (31 ans, à la tête d'une liste "gilets jaunes").

Le renouvellement des têtes... "La politique n'est pas réservée qu'à des professionnels. C'est bien de voir aussi qu'elle s'ouvre à des personnes comme moi", relève ainsi au micro de François Clauss, dans Le Tour de la question sur Europe 1, Manon Aubry, ex-porte-parole de l'ONG Oxfam, et désormais l'une des figure de proue de La France insoumise. Mais pour le politologue Jean Garrigues, ce rajeunissement de la vie politique, qu'il faudrait faire remonter aux dernières législatives - la déferlante macroniste ayant fait baisser la moyenne d'âge des députés de six ans -, est loin d'être un phénomène inédit. "C'est quelque chose qui a toujours existé dans notre histoire politique, à commencer par la Révolution française. Les hommes qui transforment les états généraux en Assemblée nationale sont des hommes de trente ans. Danton, Robespierre sont très, très jeunes et n'ont jamais fait de politique", pointe-t-il.

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Dans l'histoire récente, un renouvellement important du personnel politique, à la faveur d'élus plus jeunes, s'est produit plusieurs fois. "Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec toute une génération issue de la Résistance" qui arrive aux manettes, pointe Jean Garrigues. Ou bien, plus récemment, avec la vague rose de 1981, lorsque la gauche accède pour la première fois, sous la Cinquième République, au pouvoir. Mais pour ce spécialiste de la vie politique, le changement de tête n'est véritablement efficace que lorsqu'il implique un changement de paradigmes, un renouvellement de la pratique politique elle-même. "La vie politique a besoin de ce rajeunissement des personnalités, mais aussi de voir rajeunir les idées, la manière dont on fait de la politique".

... et des pratiques ? De son côté, Manon Aubry assure avoir franchi le pas de la vie civile à la vie politique, précisément parce que La France insoumise, selon elle, bouscule les codes de l'exercice politique. "Il y a une résonance entre l'action associative et politique. Elle se retrouve dans les modalités d'action de la France insoumise", assure-t-elle. Elle en veut pour preuve la dernière compagne mise en place par le parti de Jean-Luc Mélenchon : à partir de mercredi, quatre camions vont sillonner 471 petites villes de France pour y diffuser les hologrammes enregistrés des candidats du mouvement aux européennes. Un dispositif directement inspiré des meetings en simultané qu'a tenu le leader de la France insoumise pendant la présidentielle, grâce à une projection holographique. Cet exercice, alors inédit, avait fait grand bruit. "C'est l'une des illustrations de la manière dont la France insoumise a renouvelé la manière de faire de la politique", salue Manon Aubry.

Le risque d'une jeunesse cosmétique. Jordan Bardella, 23 ans, propulsé sur le devant de la scène par le Rassemblement national, estime quant à lui que sa jeunesse est la preuve que le parti qu'il défend pour les européennes a la capacité de bousculer les traditions politiques. "On voudrait montrer que ce que l'on vit aujourd'hui n'est pas une fatalité", a-t-il défendu au micro de Sonia Mabrouk, sur Europe 1. "J'avais très tôt le besoin d'agir, de faire quelque chose. Je suis très content de mener cette liste", a-t-il ajouté. Mais pour Jean Garrigues, ce jeune candidat ne pourra sortir du rôle de faire-valoir d'un parti en pleine refondation que s'il parvient à alimenter le débat, au-delà des thèmes-clés de sa famille politique.

"Jordan Bardella est un très bon choix, il incarne ce qu'a été la dédiabolisation du Front national : il vient de la banlieue, de l'immigration, des couches populaires conquises par le Front national depuis quelques années", analyse-t-il. "Mais que va-t-il défendre ? Si c'est pour défendre les idées que l'on connait, une Europe du repli, anti-immigration… ça n'aura pas d'impact véritable. Mais s'il amène de nouvelles idées, contribue à rénover le discours du Rassemblement national, là, […] ça ne sera pas seulement un coup de com'", poursuit-il.

Suivant le même raisonnement, Jean Garrigues se montre plus sceptique sur les capacités de François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains, à porter un discours qui permette à la droite de Laurent Wauquiez de faire émerger des idées neuves. "Objectivement, il incarne un corpus d'idées que l'on connait aujourd'hui, […] qui correspond plutôt à une vision traditionnelle de notre société".