"Le champ des règles est un champ de ruines", lance le président français à propos de la maîtrise des armements nucléaires, rappelant que plusieurs traités internationaux sont désormais inopérants ou menacés.
Il a regretté que la dégradation internationale "se prêt(ait) assez peu à la confiance qu'il faut pour rebâtir les normes de sécurité collective".
Emmanuel Macron explique que la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne vont "travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée". "Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l'escalade", souligne le président français, précisant que cette collaboration s'inscrit "dans le cadre de (l')initiative dite ELSA" (European Long Range Strike Approach, ndlr) lancée en 2024 et incluant aussi l'Italie, la Pologne et la Suède.
Les alliés européens de la France pourront "participer aux exercices" de dissuasion française, indique Emmanuel Macron. Le chef de l'État ajoute que la France pourra également faire des "déploiements de circonstances" des moyens stratégiques chez des alliés.
Huit pays européens sont intéressés par la "dissuasion avancée" proposée par le président français : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Il rappelle que la dissuasion française reste "parfaitement complémentaire" de l'Otan.
Des "forces aériennes stratégiques" de l'armée de l'air française
Ces pays pourront notamment accueillir des "forces aériennes stratégiques" de l'armée de l'air française, qui pourront ainsi "se disséminer dans la profondeur du continent européen" pour "compliquer le calcul de nos adversaires", explique le président français.
La "dissuasion avancée" pourra également impliquer du signalement, c'est-à-dire la démonstration des capacités nucléaires, "y compris au delà de nos frontières strictes", ou encore "la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires", comme les exercices militaires auxquels les Britanniques ont déjà été associés récemment, ajoute Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron annonce que la France va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires pour renforcer sa dissuasion. Aussi, le chef de l'État précise que la France ne communiquera plus sur ce nombre, "contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé".
Mais "il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n'a jamais été notre doctrine", précise-t-il. "La chaîne de commandement est d'une clarté totale et la décision ultime" de déclencher le feu nucléaire "revient au seul président de la République", réaffirme par ailleurs Emmanuel Macron.
Le président français a annoncé que le nouveau sous-marin nucléaire lanceur d'engins sera en fonction en 2036, et s'appellera "L'Invincible".
Emmanuel Macron évoque un "embrasement possible à nos frontières", en parallèle de la guerre au Moyen-Orient. Évoquant les risques liés à "un Iran aux capacités nucléaires et balistiques non encore détruites", le président français a ajouté qu'il "reviendrai(t) dans les prochains jours" sur ce sujet.
Dimanche, Emmanuel Macron avait déjà annoncé que la France allait "rehausser (sa) posture et (son) accompagnement défensif" après les frappes iraniennes contre des pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d'une base française a été touché.
"La décision ultime" d'activer la dissuasion nucléaire "revient au seul président de la République", déclare Emmanuel Macron. "Il n'y aura aucun partage de la décision ultime" avec les alliés, souligne-t-il.
La France entre dans une nouvelle étape, la "dissuasion avancée" qui est une "démarche progressive", affirme Emmanuel Macron au début de sa prise de parole. "Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j'appellerai une dissuasion avancée", a déclaré le président français.
"Nous vivons actuellement au plan géopolitique une période de rupture pleine de risques et nos compatriotes en ont pleinement conscience. Cette période justifie un durcissement de notre modèle", a justifié Emmanuel Macron.
Le président visite la base militaire française de l'Ile Longue et y prononcera un discours devant un sous-marin nucléaire lanceur d’engins. Des annonces concernant d'éventuelles évolutions de la contribution française à la sécurité de l’Europe sont envisagées.
En 2020, lors du dernier discours de ce genre, le chef de l’État avait ouvert la porte à un élargissement de la dissuasion nucléaire française, via notamment un dialogue stratégique et des exercices communs avec les pays européens qui le souhaitaient.
L’offre avait été largement ignorée, mais depuis, la prolifération des armes nucléaires, la guerre en Ukraine et la fin progressive du parapluie américain ont changé la donne.
Emmanuel Macron est à l'Ile Longue, à Brest, pour prononcer un discours sur la dissuasion nucléaire française. Le chef de l'État doit prendre la parole ce lundi après-midi, dans le cadre d'un exercice obligatoire pour tous présidents. Ce dernier s'inscrit dans un contexte particulièrement troublé avec la guerre en Iran.