ENQUÊTE - En Corse, la mafia se développe "sous les yeux d'un État qui ne fait pas son travail"

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"De quel côté est le silence ? Du côté des citoyens ? Ou de celui de l'État, des gouvernants et des gouvernements qui se sont succédé ?" (photo d'illustration) 2:45
"De quel côté est le silence ? Du côté des citoyens ? Ou de celui de l'État, des gouvernants et des gouvernements qui se sont succédé ?" (photo d'illustration) © PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP
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Trois mois après la création de deux collectifs anti-mafia en Corse, quelle est l'emprise du grand banditisme sur l'île de beauté ? Europe 1 a enquêté, alors que les maires sont invités à une grande conférence sur l'urbanisme et leur sécurité, lundi après-midi. 
ENQUÊTE

Où en est le grand banditisme en Corse ? Trois mois après la mort d’un jeune patron de paillote à Cargèse et la création de deux  collectifs anti-mafia, les maires de l'île sont invités par l'État à une grande conférence sur l'urbanisme et leur sécurité, lundi après-midi. L'occasion pour Europe 1 d'enquêter sur ce dossier brûlant. 

"De quel côté est le silence ?"

"Nous sommes la région d'Europe qui a le plus de voitures blindées", explique d'emblée Dominique Yvon du collectif "Non à la mafia", comme pour témoigner de l'insécurité qui peut régner sur son île. Comme lui, ils sont désormais des centaines à oser prendre la parole et montrer publiquement leur hostilité à la mafia. Non sans danger : une enquête est  par exemple en cours après l’incendie d’un hangar appartenant aux parents d’une militante.

Dans ce combat, les militants se sentent bien seuls. "De quel côté est le silence ?" lance Dominique Yvon. "Du côté des citoyens ? Ou de celui de l'État, des gouvernants et des gouvernements qui se sont succédé ?". "Vous avez des organisations criminelles qui sont en train de se fédérer pour devenir un véritable pouvoir occulte, parallèle", affirme de son côté Jean-Toussaint Plasenzotti, l'oncle de Maxime Susini, le jeune patron assassiné. Tout se fait "sous les yeux d'un État qui, inexplicablement, ne fait pas son travail. Il est peut-être complice, on ne sait pas trop". 

Ces graves accusations sont rejetées en bloc par la préfète de Corse Josiane Chevalier, qui insiste auprès d'Europe 1 sur le travail mené par ses équipes : "Qu'il y ait une mobilisation citoyenne, c'est plutôt salutaire. Mais nous ne pouvons travailler que sur des éléments documentés, circonstanciés et pas sur de la rumeur", souligne-t-elle. 

Un système économique qui se nourrit de l'argent facile

De leur côté, les nationalistes à la tête des collectivités locales assurent être conscients de la dérive mafieuse. "Même s'il n'y a pas d'organisation pyramidale unique à l'échelle de la Corse, il y a dans certaines communes les trois ingrédients qui peuvent caractériser la mafia, c'est-à-dire : le banditisme organisé, l'économie et la politique." analyse Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. 

"C'est vrai que certains élus locaux, parfois contre leur volonté, sont contraints d'accepter un certain nombre de choses.", reconnaît-il, dénonçant par ailleurs un "système économique qui produit de la violence et des dérives en se nourrissant de la spéculation [immobilière, ndlr], et de l'argent facile". Et avec 138 % d’augmentation des prix de l’immobilier en 7 ans on comprend que la Corse aiguise les appétits.

 

Europe 1
Par Frédéric Michel, édité par Ugo Pascolo