Européennes : les quatre enseignements de la campagne électorale

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Notre éditorialiste Jean-Michel Aphatie dresse vendredi les quatre enseignements de cette campagne française des élections européennes avant le scrutin de dimanche.
EDITO

Relation ambivalente avec l'Europe, attachement à l'euro, présence de l'écologie dans les débats, affaiblissement des grands partis… Alors que le scrutin se déroule dimanche, en France, notre éditorialiste Jean-Michel Aphatie livre ses leçons de cette campagne des élections européennes un peu particulière.

"Il y a beaucoup d’enseignements dans cette campagne électorale. D'abord, il y a un attachement à l’Europe. Prenez les intentions de vote, car on n’a que ça aujourd'hui, les 7-8 listes qui sont en tête sont toutes attachées à l’Europe. Personne ne dit que la France doit sortir de l’Europe.

En même temps, cette campagne a révélé une insatisfaction de l’Europe. Autrement dit, les Français tiennent à quelque chose qu’ils n’aiment pas. Il y a là une part de la douleur française, une part de la crise politique française. C’est un paradoxe, une contradiction et il faut bien le dire, il n'y a aucun leader capable de la surmonter. Nous vivons avec cette douleur.

Marine Le Pen doit "arrêter de parler d'économie"

Le deuxième enseignement, c’est notre attachement à l’euro. Nous ne le dirons jamais assez : jusqu'ici, dans les élections, l’euro était toujours contesté par une force politique importante. Ce n’est plus le cas. Si on prend la montée des courants nationalistes, qui est une réalité en Europe, dans les 19 pays de la zone euro, pas un de ces pays ne demande la fin de l’euro. Ce n’était pas le cas en 2014 et cela veut dire que les courants nationalistes construisent leur succès non pas sur la critique de l’Europe mais sur la critique de l’immigration.

La preuve irréfutable tient au fait qu'en 2014, le Front national était pour la sortie de l’euro. En 2019, le Rassemblement national n’est pas pour la sortie de l’euro, donc c'est un virage à 180° et ils ne perdent pas d’électeurs selon les intentions de vote. Cela veut dire que les électeurs sont là, derrière le Rassemblement national, pour l’immigration, pas pour l’euro. Pour Marine Le Pen, il faut qu’elle arrête de parler de l’économie car elle s’y connaît à peu près autant que moi. Elle n’en a pas parlé pendant cette campagne et c’est sans doute mieux pour elle.

Entendu sur europe1 :
Il y a un consensus sur les problèmes que pose l’écologie, mais aussi sur les réponses

La troisième remarque, c’est que c’est sans doute la première campagne électorale en France où l’écologie est aussi présente, aussi partagée par les partis politiques. Ceux qui n’en parlaient jamais en ont beaucoup parlé cette année. On peut noter, ça n’est pas encore net mais ça le sera, qu’il y a un consensus sur les problèmes que pose l’écologie mais aussi sur les réponses. C’est le premier débat politique important qui repose sur des bases scientifiques. Avec l’idéologie, on peut dire n’importe quoi, et c’est dire qu’on l’a fait en France pendant longtemps, mais quand on parle de choses scientifiques, c’est beaucoup plus compliqué. Il y a un socle pour les années futures qui a commencé à se dessiner.

Il y a encore quelques temps, on disait que les problèmes écologiques étaient des problèmes de bobos. Des partis politiques n’en parlaient pas beaucoup. Emmanuel Macron a fait des conférences de presse et des discours en oubliant de parler de l’écologie. Le Rassemblement national n’a pas su pendant longtemps ce qu’était l’écologie. On a passé une étape, c’est tout de même un drame qui est devant nous. 

LREM et le RN, deux partis faibles

La quatrième remarque, c’est que la campagne électorale permet de mesurer les rapports de force entre les partis politiques. Il faut dire que là, c’est assez dramatique en France. Le RN et LREM dominent la compétition avec 20-25% des intentions de vote. Ils n’ont aucun allié, c’est une circonstance qui n’a jamais existé dans une démocratie. Ce sont des partis faibles et ce sont les seuls qui peuvent prétendre au pouvoir. Droite et gauche sont à des niveaux bas historiques. Cela signifie que la France s’enfonce dans un désenchantement politique qui en fait, vraiment, l’un des grands pays malades en Europe."