Affaire Pegasus : les autorités françaises ont-elles été négligentes ?

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© AFP
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L’un des téléphones du président de la République, mais aussi ceux de l’ex-premier ministre, de 14 ministres et de collaborateurs d’Emmanuel Macron ont été ciblés par le logiciel espion Pegasus. Une situation inquiétante, qui montre que certains au plus haut sommet de l’Etat ont été sans doute trop légers.
ANALYSE

La sécurité de l'Etat est-elle assurée quand ses plus hauts dirigeants sont espionnés ? Depuis les révélations de l’affaire Pegasus, du nom de ce logiciel espion commercialisé par une entreprise israélienne et utilisé par les services de renseignement de plusieurs pays pour infiltrer les téléphones de plusieurs personnalités, le monde politique est secoué en France. Emmanuel Macron lui-même aurait été surveillé par le Maroc en 2019, tout comme 14 ministres, des députés et des collaborateurs du président de la République. Cette affaire pose forcément la question de la faiblesse des dispositifs de protection et du non-respect, par certains au plus haut niveau de l’Etat, des consignes de prudence émises par les services de renseignement.

C’est toujours une question très compliquée, surtout avec des ministres, un président et leurs conseillers, qui, à l’exception des fonctionnaires de l’Intérieur ou des militaires de la Défense, viennent souvent d’univers pas du tout sensibilisés aux risques de l’espionnage ou encore au tamponnage par une puissance étrangère. "On se dit toujours que personne n’oserait s’en prendre au président. Et aussi, quel pays pourrait s’intéresser à mes conversations ?", explique ainsi un collaborateur du président.

Les téléphones THOREM et OSIRIS pas assez pratiques

Au début du quinquennat, les jeunes collaborateurs d’Emmanuel Macron ne voulaient pas entendre parler des téléphones portables cryptés THEOREM. Impossible de joindre quelqu’un qui n’a pas le même téléphone satellite en face. "Pas pratique du tout, lourd, peu maniable et fonctionnant mal", expliquaient-ils.

 

Autres systèmes qui n’ont pas vraiment convaincu tous les conseillers, les lignes fixes OSIRIS ou encore l’application de l’Elysée permettant de crypter l’ensemble des conversations et des échanges. Un système efficace, mais le problème, c’est que la sécurité s’oppose souvent à la maniabilité puisque ces téléphones de l’Elysée ne permettent pas de télécharger WhatsApp ou encore Telegram, pour des raisons évidentes de sécurité. Et le confinement n’a rien arrangé, puisqu’avec le télétravail, les protocoles stricts pour la transmission de documents classifiés ont été assouplis dans les faits. Et beaucoup de hauts fonctionnaires s’échangeaient des données très sensibles via Telegram par exemple.  

Mauvaise journée pour les ministres

Progressivement, Emmanuel Macron a tout de même été de plus en plus sensible à ces questions. Et désormais, quand il s’agit d’évoquer les sujets de Défense nationale, il ne prend plus le moindre risque, quitte à ce que ce soit plus lourd et plus contraignant.

Alors la journée de mardi n’a pas été simple pour les ministres, entre ceux, inquiets de savoir s’ils sont ciblés et ceux qui ne comprennent pas bien qu’il s’agit, si les faits sont confirmés, de la plus grande affaire d’espionnage des dernières années. Et donc, face au risque politique, juste après le conseil de défense d’hier autour du président, l’Elysée a donné la consigne à presque tous les ministres de ne pas s’exprimer dans les médias jusqu’à jeudi. Le temps de faire avancer les investigations des services spécialisés, mais aussi d’attendre la réaction de l’opinion publique.

Europe 1
Par Louis de Raguenel, édité par Rémi Duchemin