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«Je suis auto-entrepreneur» : au procès de trois proches de la DZ Mafia, l’arrogance glaciale d’Hacène L., recruteur de tueurs à gage marseillais

[AFP]

Jugé avec deux autres prévenus pour trafic d’armes et de stupéfiants, Hacène L., dit "Le H", s’est montré particulièrement arrogant et détaché des faits reprochés au premier jour d’audience du procès devant le tribunal judiciaire de Paris qui doit durer jusqu’à mercredi. Dans le box, celui qui gravite dans le haut du spectre de la DZ Mafia a soufflé le chaud et le froid.

Bras écartés sur le dossier du banc, sourire en coin, regards sarcastiques lancés aux policiers qui l’encerclent : Hacène Larbi entre dans la salle d’audience comme s’il connaissait déjà le scénario.

Le jeune homme né le 29 juillet 2001 à Colombes comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris aux côtés d’une femme et d’un autre homme dans une affaire mêlant trafic de stupéfiants, armes et recrutement d’un jeune exécutant pour commettre un assassinat commandité sur la plaque marseillaise.

Contrat à exécuter

Les faits remontent au 11 juin 2023. Vers 4h25, les policiers marseillais sont alertés par un appel signalant un homme armé d’une kalachnikov devant un Airbnb. Un équipage de la BAC intervient et interpelle un individu qui tente de changer brusquement de direction à leur arrivée. Dans la résidence, les fonctionnaires découvrent des traces de sang au sol et un homme blessé par plusieurs coups de couteau aux bras.

L’enquête met rapidement au jour un projet criminel : un jeune homme aurait été recruté pour abattre une cible désignée. Une tenue et une arme lui auraient été fournies. Mais l’opération tourne court : le jeune exécutant présumé est agressé dans le Airbnb qui lui servait de planque avant de passer à l’acte.

Dans le box, le recruteur présumé, Hacène L., conteste les faits après les avoir pourtant reconnus lors de l’instruction. Devant la présidente, il change de version et balaye l’image renvoyée de lui depuis le début de la procédure. 

"On essaye de me faire passer pour une personne qui n’est pas la mienne. On me fait passer dans les médias pour ce que je ne suis pas. Avant d’écrire un article, il faut travailler, avoir des preuves", lance avec arrogance le jeune homme âgé de 25 ans.

"Je n’aime pas l’autorité"

Le parcours du prévenu est ensuite déroulé à l’audience. Placé très jeune après des violences commises par son père sur sa mère, séparé de son frère jumeau à l’âge de 12 ans parce qu’il "l’entraînait dans des conneries", Hacène L. grandit entre foyers, familles d’accueil en Ardèche, à Valence puis Montélimar. 

Il fugue, décroche de l’école dès la sixième et passe une grande partie de son adolescence en détention. "C’est vrai que j’ai un comportement excessif dans le sens où je n’aime pas être sous l’autorité d’une personne", lâche-t-il.

Il explique avoir commencé le trafic de stupéfiants à 13 ans et la délinquance à 14. "J’ai fait des braquages, mais il n’y a jamais eu de morts. Ok, il y a eu des coups de couteau, mais pas de morts. Après j’ai vu la mort de près, j’ai compris", affirme-t-il. 

En mars 2022, il dit avoir lui-même été victime d’une séquestration accompagnée d’actes de torture et de barbarie dans un contexte de règlement de comptes. Un épisode sur lequel il refuse de s’étendre "par peur des répercussions", mais qu’il résume ainsi : "Ça fait partie de mon développement personnel."

19 condamnations

La présidente rappelle alors une précédente déclaration issue de la procédure : "Mes objectifs, c’étaient l’argent et la vengeance. Toute personne qui se met sur mon chemin devra rendre des comptes. Je vis, je dors avec un esprit de vengeance."

L’intéressé, lui, nie appartenir à la DZ Mafia malgré ses fréquentations. "Je n’appartiens à aucun être humain parce que personne ne me donne des ordres. Dans le monde de la rue, on est amené à faire des alliances. Je n’appartiens à aucun groupe, aucune mafia, personne ne me dirige", explique-t-il. Avant d’ajouter, presque amusé : "Je ne suis pas un voyou, je suis juste une personne qui récupère son argent." 

Quand la présidente lui demande s’il s’identifie à la DZ Mafia, il répond : "Je ne m’assimile à aucun clan. Je suis auto-entrepreneur."

Son casier judiciaire affiche pourtant déjà 19 mentions : refus d’obtempérer, port d’arme, association de malfaiteurs en vue de préparer un crime, violences aggravées, extorsion, menaces de mort ou encore trafic de stupéfiants. En détention, les incidents se multiplient. Une dizaine de téléphones sont retrouvés dans sa cellule. 

"Ma cellule, tu la fouilles pas tous les jours, ça s’est mal passé", dit-il au sujet d’un épisode au cours duquel un surveillant pénitentiaire avait été frappé. Au fil des heures, le prévenu oscille entre provocations, lassitude et accès de colère. Puis, soudain, il coupe court à l’audience : "Mettez ma peine. Je ne sais pas comment elle a été faite, cette enquête, je n’ai rien à dire, je rentre en cellule." 

Avant de se rasseoir et d’éclater de rire sur le banc dans son box. Le procès doit durer jusqu’à mercredi.