Un an et demi après la mort de Zakaria, 15 ans, tué d’un coup de couteau alors qu’il tentait de s’interposer dans une bagarre à Romans-sur-Isère, l’auteur du coup mortel a été condamné vendredi à 15 ans de réclusion criminelle. Son père et son beau-frère ont également été condamnés.
L'auteur d'un coup mortel sur un adolescent de 15 ans qui s'était interposé dans une bagarre entre jeunes en 2024 à Romans-sur-Isère (Drôme), Adel Gourini, 26 ans à l'époque des faits, a été condamné vendredi à 15 ans de réclusion criminelle.
Le père du meurtrier du jeune Zakaria, Boutaleb Gourini, a écopé lui de deux ans de prison pour complicité de violences volontaires, et son beau-frère, complice des accusés dans leur fuite, d'une peine de six mois ferme.
"Zakaria a été sacrifié sur l'autel de la vengeance", avait lancé l'avocat général Frédéric Uroz, reprenant les témoignages unanimement élogieux sur la victime, un jeune apprenti "généreux, travailleur, souriant", qui "a payé son altruisme de sa vie". Il avait réclamé une peine nettement plus lourde de 25 ans.
"Expédition punitive"
Les faits se sont déroulés dans la soirée du 9 avril 2024, lorsque les membres de la famille Gourini, Adel, son père et un frère cadet, se rendent dans le quartier de La Monnaie à Romans-sur-Isère sans le plus jeune resté à la maison, dans ce que le parquet a qualifié "d'expédition punitive".
Il s'agissait de retrouver un jeune collégien qui, ont-ils encore affirmé devant la cour d'assises de la Drôme, "harcelait" le benjamin de la famille. Une vidéo d'une bagarre entre les deux élèves avait circulé deux semaines avant le drame, dans laquelle le collégien accusé par la famille d'être le harceleur, s'en prenait violemment à lui.
C'est en tentant de séparer son ami, le harceleur présumé, d'un fils de la famille Gourini que Zakaria, totalement étranger initialement à cette querelle de collégiens, a reçu un coup de couteau mortel d'une extrême violence d'Adel Gourini.
Dans ses réquisitions, l'avocat général s'est attaché à démontrer l'intentionnalité de tuer, insistant sur la violence du coup, "qui a transpercé le corps de Zakaria".
"Jamais voulu donner la mort"
Dans ses derniers mots vendredi, Adel Gourini, 26 ans à l'époque des faits, a répété que, même s'il avait "voulu impressionner", il n'avait "jamais voulu donner la mort, car j'avais trop à perdre". "J'avais peur, face à la foule, j'ai perdu le contrôle", avait-il déclaré jeudi.
L'une de ses avocates, Me Elisa Wimmer, l'a "résumé en quatre mots : responsabilité, culpabilité, flagellation et dignité".
"Tout va très vite, des corps bougent, ça crie, ça frappe", il a essayé de protéger son frère d'un "lynchage", face "à au moins 25 personnes", des amis du collégien, a embrayé Me Jérôme Goudard, tout en reconnaissant la "faute originelle" de s'être rendu à La Monnaie, où se trouvait ce soir-là le harceleur présumé.
Contre le père de l'accusé, chef d'une famille "qui a voulu se faire vengeance et justice elle-même", poursuivi pour complicité de violences aggravées, Frédéric Uroz avait réclamé quatre ans de prison, dont deux avec sursis, assortis d'un mandat de dépôt.
"Il a jeté son fils dans l'arène", a lancé le magistrat, regrettant qu'il n'ait "pas entendu le conseil" du directeur du collège où étaient scolarisés les deux jeunes protagonistes, lequel "lui avait déconseillé de ne pas régler le problème avec les jeunes".
"Jamais violent"
Son avocat, Me Ivan Flaud, a dressé au contraire le portrait d'un homme qui a "sacrifié sa vie à ses enfants après le décès de son épouse", "jamais violent". Lui a toujours affirmé avoir voulu rencontrer les parents du collégien pour tenter d'apaiser les choses, malgré les témoignages contraires.
Une peine de deux ans de prison, dont un avec sursis, avait également été requise contre le beau-frère du principal accusé, "dont le silence s'est mué en participation".
En fil rouge de ce dossier : le quartier de La Monnaie, sous les feux de l'actualité quelques mois plus tôt après le décès de Thomas, 16 ans, poignardé à la fin d'un bal dans le village voisin de Crépol. Certains des jeunes mis en examen dans cette affaire sont originaires de La Monnaie.
"Mais je ne voudrais pas que ce procès soit celui de la stigmatisation de La Monnaie", a prévenu l'avocat général.